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Louis Baillot

Louis Baillot
né le 11 mai 1924
décédé le 8 mai 2007


message de Marie-George Buffet

C’est avec une grande tristesse que nous venons d’apprendre la disparition de Louis Baillot, le président de notre amicale des vétérans. Louis était un enfant de la Butte, de Montmartre dont il connaissait tous les recoins, de ce Paris populaire et rebelle qu’il aimait tant.
Il fut de ces jeunes hommes engagés au Parti communiste dans le magnifique élan de la Libération et de la Résistance. Comme tant d’autres, il portait l’espérance d’une époque où tout paraissait possible, y compris bien sûr de transformer le monde. Il avait donc le choix d’une vie : l’engagement. L’engagement pour les autres, l’engagement pour un monde plus juste, plus libre, plus solidaire.
Jeune et brillant ingénieur, militant reconnu à l’Union de la jeunesse républicaine de France, il fut rapidement confronté à la violence de la guerre froide. L’après-guerre, on l’oublie souvent, fut aussi l’époque d’une féroce lutte anticommuniste. Louis en paya le prix : on le proscrit de son travail. On l’emprisonna, aussi, aux côtés notamment de Paul Laurent, de Guy Ducoloné.
Sa carrière professionnelle dans l’industrie aéronautique était brisée. Louis consacra alors sa vie et son intelligence aux combats du Parti communiste français.
Toujours, dans la large palette de ses activités, il fut un militant attentif aux autres et respecté.
Son Parti, il en fut longtemps un dirigeant, au sein du comité central et à la direction des commissions de la défense et de la sécurité. Il le représenta aussi à Bruxelles, en tant que député européen. Tous ceux qui l’ont connu savent combien il vivait nos débats et nos combats, nos espoirs et nos doutes au plus profond de lui-même.
Sa grande autorité morale, sa profonde gentillesse, ses qualités d’écoute en firent ainsi un très bel élu du peuple. Louis représenta parfaitement son arrondissement, les hommes et les femmes de son quartier dont il avait l’estime, pendant toutes ces années où il fut conseiller de Paris et député.
Toute sa vie, il l’a consacrée aux autres. Toute sa vie, il l’a vouée à notre parti. Aussi, tout naturellement, avec le même dévouement qu’il montrait dans ses premières années à la jeunesse communiste, il défendait ces dernières années ses idées, nos idées, en tant que président de l’amicale des vétérans.
C’est là qu’il livra ses derniers combats, jusqu’à son dernier souffle, hier.
C’est là, avec toujours sa même bonté légendaire, qu’il livra ces derniers efforts pour faire vivre le Parti communiste, et avec lui l’idée qu’il est possible de bâtir un monde meilleur.
Je pense aujourd’hui évidemment à tout ce qu’il nous a apporté. Je pense à sa femme, Yvette, à ses enfants Marie-Paule et Françoise, à ses petits-enfants Claire, Aurore, Bastien et Florian, à qui je veux adresser mes plus sincères condoléances.

Marie-George Buffet,
secrétaire nationale du PCF
Paris, le 9 mai 2007

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une vie pour la justice et pour la paix

Décès de Louis Baillot, combattant contre les guerres coloniales, longtemps élu parisien. Il était depuis 1989 dirigeant de l’Amicale des vétérans du PCF.

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On le savait gravement malade depuis son opération de l’intestin. Mais nous espérions encore et nous apprêtions à lui manifester notre amitié à l’occasion de la réunion du bureau national de cette amicale des vétérans qu’il présidait depuis si longtemps. Un président grâce auquel, même dans les moments les plus difficiles de la vie de ce Parti communiste, il y eut toujours possibilité d’échanges fraternels, de dialogue ouvert. Louis est décédé hier après-midi à l’âge de quatre-vingt-trois ans.

Il était né le 11 mai 1924 dans ce Montmartre populaire, à deux pas de la butte, rue de l’Abreuvoir où il demeurait toujours, dans l’ancienne épicerie-buvette de son père, ancien combattant de la guerre de 14 et lecteur de l’Humanité. Il fait de brillantes études au lycée Colbert avant de décrocher son diplôme d’ingénieur aux Arts et Métiers puis à l’École nationale supérieure des moteurs. Il entre en 1947 à l’ONERA (Office national d’études et de recherches aéronautiques), l’ancêtre de l’Aérosopatiale. Il restera lié à ses anciens camarades d’études et de travail et il savait renoncer à toute réunion quand se tenait le banquet des anciens élèves.

Secrétaire de la fédération de la Seine de l’UJRF (Union de la jeunesse républicaine de France constituée après la Libération et qui devait redonner naissance à la Jeunesse communiste en 1956), il poursuivait sa carrière professionnelle et passait chaque soir à la fédération, 20, rue du Mail, où Paul Laurent et Lucien Germa le mettaient au courant des événements de la journée. Au cours de la journée mondiale anticolonialiste du 21 février 1949, il participe à un meeting à la Mutualité, envahie par des groupes fascistes. Il y est blessé et y perd un oeil. Il est licencié de l’ONERA et ne retrouve pas de travail.

C’est lui qui dirigea sur les grands boulevards parisiens la première manifestation de rue contre la guerre d’Indochine. En 1953, autre manifestation contre la venue à Paris du général américain Ridgway. La répression est vive. Jacques Duclos est arrêté le soir même par des policiers qui baptisent pigeons voyageurs deux volatiles remis à Jacques par un ami pour les mettre à la broche. Un juge d’instruction croit tenir l’affaire de sa vie, il fait arrêter et inculpe André Stil, rédacteur en chef de l’Humanité, Alain Le Leap, co-secrétaire général de la CGT, et des dirigeants de la jeunesse : Baillot, Laurent, Meunier, Ducoloné…

Entre-temps, de sa prison, il mène campagne pour les élections municipales dans son 18e. Il est élu et le restera plus de vingt-cinq ans, comme en témoigne la plaque dédiée aux élus parisiens pendant plus d’un quart de siècle dans le couloir proche de la salle des séances du Conseil de Paris. Il assume des responsabilités importantes à la fédération de la Seine puis de Paris du PCF. En 1955, il épouse Yvette Cabrejas dont il a deux filles.

En 1961, il entre au Comité central du PCF. Il s’y occupe particulièrement des questions de l’armée et de la police. Il noue des relations de travail avec des généraux de l’état-major et, convaincu par eux de la nécessité d’une défense nationale intégrant l’arme atomique, il amène la direction du Parti à épouser cette thèse. Dans les milieux de la police, il défend l’idée d’une police républicaine, au service des citoyens, édite un bulletin d’information favorablement accueilli. Il est l’auteur, avec Jean Chaunac, syndicaliste de la police, d’un livre sur les problèmes de sécurité, Vivre dans la peur, paru aux Éditions sociales.

En 1979, il est élu député européen et sera aussi assidu à Strasbourg qu’à l’Hôtel de Ville de Paris ou au Palais Bourbon. Dans les années soixante-quinze, il est membre de la direction collective de France-URSS. Depuis 1989, il était actif à l’Amicale des vétérans du PCF dont il devait devenir le président. À ce titre il a participé à de nombreuses réunions en province, il a animé un colloque de deux journées sur la lutte clandestine des communistes au sein de l’armée contre la guerre d’Algérie. Convaincu de la nécessité de faire connaître l’histoire des luttes menées par ce parti, il militait sans relâche pour que les vétérans participent aux activités actuelles du PCF mais aussi pour qu’ils témoignent des engagements passés. Pour ses activités d’élu, il avait reçu la Légion d’honneur et la médaille d’or de la Ville de Paris.

Louis était un ami fidèle toujours très préoccupé de la santé de chacun et de leurs proches. Nous gardons au coeur l’image si souvent souriante de son accueil dans le petit bureau du rez-de-chaussée de la place du Colonel-Fabien. À Yvette, à tous ses proches vont nos affectueuses pensées, en partageant leur peine.

* Un hommage officiel sera rendu à Louis Baillot, samedi 12 mai à 10 heures au siège national du PCF, 2, place du Colonel-Fabien (Paris XIXe). Marie-George Buffet, secrétaire nationale prendra la parole. Chacun pourra se recueillir dès 9 heures devant le cercueil de Louis Baillot.

             

Claude Lecomte
l'Humanité, 10 mai 2007

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témoignage de Daniel Gilles

Louis_Baillot_microJ'ai appris avec une grande tristesse, hier soir, le décès de Louis Baillot, le Président de l'amicale des vétérans du Parti Communiste Français.
Je savais qu'à 82 ans, Louis se battait, Armand Guillemot qui participait régulièrement au bureau de l'amicale pour la Bretagne, m'avait alerté récemment sur son état de santé mais je n'imaginais pas une néfaste issue si rapide.
La dernière fois que j'avais rencontré Louis, je l'avais interrogé sur sa silhouette de jeune homme qu'il avait repris, lui qu'on avait coutume de voir rond. Il m'avait souri et dit «mon corps change» et de me rassurer avec bonhomie, et de relancer la conversation sur «les évolutions de la situation».
J'ai le souvenir de ses conseils de ses avis de ses éléments de connaissance lorsqu'il «suivait» la fédération du Morbihan du PCF durant 9 années de 84 à 93. J'avais eu l'occasion, lors d'un congrès départemental de l'en remercier chaleureusement et, au nom des camarades et amis du Morbihan, il m'avait aidé à assumer les fonctions de 1er secrétaire, puis de membre du Conseil National.
Il est revenu souvent pour l'amicale des vétérans dans notre département à l'invitation d'Armand Guillemot et Roger Le Hyaric.
J'avais eu aussi pendant quelques années la lourde tâche de lui succéder comme animateur de la Commission «défense nationale et problèmes d'armements» du PCF, là encore il m'avait transmis avec bienveillance beaucoup de connaissances et m’avait aidé et accompagné pour mieux appréhender et connaître les problématiques et les acteurs d'un secteur à la fois particulier et essentiel.
Nous n'avions pas évidemment sur toutes les questions le même regard, sans doute l'écart générationnel et des itinéraires différents, mais est-ce notre formation commune d’ingénieur - avec 27 ans d'écart -, notre vécu des quartiers populaires de Paris, les responsabilité d'élu, (Louis a été longtemps élu de Paris et député européen) mais nous étions souvent d'accord pour avoir en tête :
- la nécessité de l'unité des communistes, et de tous ceux qui refusent l'exploitation et la domination ;
- la nécessité du travail d'élaboration, nous avions ensemble l'exigence des analyses et rapports structurés ;
- la rigueur sur une opposition résolue et radicale à la politique de la droite et des forces d'argent et l'idée de l'union nécessaire des progressistes ici et dans le monde.

Daniel Gilles

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à Louis Baillot

Un hommage national a été rendu, comme il se doit, à notre camarade Louis Baillot, président de l'Amicale des vétérans lors de son décès en mai 2007.

Néanmoins, je voudrais dire ici la peine que j'ai ressentie lors de sa disparition et montrer l'homme véritable qu'il était. Car j'ai eu la chance de connaître Louis, il était devenu un ami. Il était toujours disponible, prêt à conseiller et aider ses camarades.

Lorsque j'ai entrepris des recherches sur la résistance communiste à l'envahisseur nazi, Louis m'a encouragé à écrire sur le sujet ! C'est ainsi qu'est née La résistance communiste en France, 1940-1944.
Cela n'a pu être possible que grâce à l'aide de Louis Baillot. Il m'a ouvert les portes de l'Amicale des vétérans, me permettant de prendre contact avec les responsables départementaux et, par là, les anciens résistants communistes. Je profite de la Lettre pour remercier vivement tous ces camarades.

C'est aussi Louis qui m'a facilité l'accès aux archives du Parti clandestin.

Enfin, il a eu la gentillesse de me faire l'honneur de préfacer l'ouvrage. Voilà l'homme communiste qu'était Louis Baillot, cela bien entendu dans un désintéressement total. C'est aussi pourquoi les droits d'auteur de l'ouvrage sont versés au PCF, en fonction des aides apportées ici ou là !

Pierre_MauryPierre Maury
Lettre aux vétérans, bulletin de l'Amicale n° 43, octobre 2007


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- hommage de Claude Lecomte à Louis Baillot (autre édition)

 

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rue de l'Abreuvoir dans le XVIIIe arrondissement de Paris (années 1970 ?)
Louis Baillot était né dans cette rue en 1924


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Louis Baillot (1924-2007)


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