mardi 7 octobre 2008

communisme réel

Diapositive1
Joan Miró



qu'est-ce que le communisme réel ?


Au XXe siècle, le communisme a été écartelé entre des idéaux émancipateurs de haut vol et des traductions politiques en Union soviétique et d'autres pays de l'Est européen qui les ont défigurés, réduits à rien.

Au XXe siècle, comme aujourd'hui, le communisme réel est l'engagement de millions d'hommes à travers tous les continents pour la dignité, contre l'exploitation et la misère, c'est la revendication du droit au bonheur pour chacun. Des penseurs, de tendances diverses, dénoncent le capitalisme et, pour certains, se réfèrent au communisme. Quelques citations.

Nicolas Hulot, militant écologiste
- Nous sommes pris de court parce que nous avons été pendant des années dans un système où l'homme était au service de l'économie et non pas l'inverse, et dans une société qui s'est construite sur la spoliation des biens communs ; cela continue encore aujourd'hui avec la brevetabilité du vivant. Or les choses vont changer de gré ou de force ! Il y a cette fameuse phrase de Gandhi : "Le monde contient bien assez pour les besoins de Nicolas_Hulotchacun, mais pas assez pour la cupidité de tous". Aujourd'hui, nous avons une occasion inespérée de redonner du sens au progrès, de repréciser ce qu'est cette émancipation de l'homme. Il faut le construire ensemble, avec le monde du travail et en faisant appel à la science, à la recherche et à l'économie. Inventons ensemble un nouveau modèle économique-! Parce qu'il est dans "toujours plus pour le plus petit nombre", le capitalisme est aujourd'hui obsolète ! Et cela ne peut pas marcher dans un monde où tout se sait et où tout se voit.

Alain_Badiou
Alain Badiou, philosophe
- Ce n'est pas d'anti-capitalisme que l'on a besoin, mais d'affirmation de nos propres principes. L'hypothèse de l'émancipation, fondamentalement, reste l'hypothèse  communiste.

Yvon_QuiniouYvon Quiniou, philosophe
- L'essentiel de l'analyse critique du capitalisme que nous offre Marx demeure valable aujourd'hui… Nous n'avons pas à changer de paradigme intellectuel pour penser, critiquer et améliorer la société, à moins de renoncer à la dénonciation de son inhumanité actuelle et à prétendre que les concepts qui la révèlent – exploitation, oppression, domination, aliénation – ne sont plus valides.

Anicet Le Pors, ancien ministre
Anicet_Le_Pors- Si le mouvement communiste du XXe siècle a été chargé d'erreurs, de fautes graves, il a été également marqué par l'abnégation et le courage d'innombrables communistes qui, en tout état de cause, méritent le respect. Il convient de tirer les conclusions de l'expérience du siècle passé et poursuivre la réflexion dans les conditions de l'ère nouvelle. La conviction exprimée et l'hypothèse faite ici est qu'aucun autre mot ne pourra mieux que "communisme" dire au XXIe siècle le primat de la raison et l'espérance du genre humain. Dans ces temps ingrats, il faut donc le protéger.


Slavov Zizek, philosophe slovène
- Nous prenons peu à peu conscience des potentiels destructeurs, pouvant aller jusqu'à l'auto-annihilation de Zlavoj_Zizekl'humanité elle-même, qui se déchaîneraient si on laissait la logique capitaliste s'emparer de ces communs [les biens fondamentaux de l'humanité]. Ce besoin d'établir une organisation, et un engagement politiques globaux capables de neutraliser et de canaliser les mécanismes du marché ne revient-il pas à adopter une perspective communiste ? La référence aux "communs" justifie par conséquent la résurrection de la notion de communisme : elle nous permet de considérer la privatisation progressive des communs comme un processus de prolétarisation de ceux qui se trouvent ainsi exclus de leur propre substance.

Jack Ralite, sénateur
- La seule chose dont nous sommes porteurs indéfectiblement, c'est l'émancipation. Nous ne cherchons pas le pouvoir, nous cherchons les moyens de l'émancipation. Je n'ai jamais été favorable au changement de nom du Parti communiste pour cette raison. Pour beaucoup de travailleurs, nous sommes ceux 240101_bc_17qui peuvent les aider à s'émanciper. L'émancipation a d'ailleurs parfois été encouragé par la bourgeoisie, comme par exemple pour la création de l'école laïque, gratuite et obligatoire. Même si c'est à la suite des réflexions sur la Commune de Paris sur ce sujet qu'elle a été imaginée, c'est par des bourgeois républicains qu'elle a été mise en place.

Samir Amin, économiste tiers-mondiste
- Je préfère aujourd'hui parler d'avancées révolutionnaires plutôt que de révolution. "Révolution" inspire l'idée fausse que tous les problèmes pourraient être réglés du jour au lendemain. Des "avancées révolutionnaires" correspondent, à mes yeux, aux amorces de mise en place d'autres logiques que celles du capitalisme. Elles peuvent, à leur tout, préparer d'autres avancées, des "vagues" ultérieures. Mais il n'y a pas, en la matière, de déterminisme historique. Il y a des nécessités objectives, au sens hégélien du terme, mais pas de déterminisme absolu. Si cette transition vers le socialisme ne devait pas s'opérer, le scénario serait celui d'une longue transition vers toujours davantage de barbarie. Les deux possibilités coexistent.
Le moment de démoralisation des forces populaires, des ralliements aux idées selon lesquelles le "socialisme était définitivement vaincu" et le capitalisme était devenu "la fin de l'histoire" ont cédé la place dès la fin des années 1990 à l'appel au combat pour un autre monde, meilleur. Les forums sociaux altermondialistes ont été l'un des Samir_Amin___Egypt_onelieux donnant une visibilité aux luttes. Mais il reste beaucoup de chemin à parcourir pour que la convergence de ces luttes se cristallise dans des stratégies cohérentes et efficaces, capables de mettre en déroute les projets de contrôle militaire de la planète par les États-Unis et leurs alliés, d'ouvrir ders voies nouvelles au socialisme du XXIe siècle, un socialisme plus authentiquement démocratique que celui de la vague du XXe siècle. Associer le combat démocratique au progrès social, reconstruire sur cette base l'internationalisme des peuples face au cosmopolitisme du capital, tel est le défi auquel la gauche est confrontée dans le monde entier.

Lucien Sève, philosophe
- Communisme Pourquoi ? Parce que c'est la seule alternative vraie à ce capitalisme qui, sur un rythme accéléré, conduit l'humanité à sa perte. En quoi est-ce la seule alternative  vraie ? Pour dire en trois phrases ce qui exigerait un gros livre : en ceci que le capitalisme est fondamentalement la mise en privé universelle ; il prive ainsi les humains de la maîtrise collective sur leurs puissances sociales – les avoirs, les savoirs, les pouvoirs. Il est la forme extrême de l'aliénation humaine. Sortir vraiment du capitalisme, c'est donc aller vers la mise en commun universelle de tout ce qui est social en en développant l'appropriation par tous : communisme.

seve_lucienÀ simplement considérer de façon attentive l'idée de base que le communisme est le mouvement réel dépassant toutes les grandes aliénations historiques de l'humanité, on voit se dessiner plusieurs vues stratégiques cardinales en rupture avec ce que furent trop longtemps les nôtres. Dépassement de toutes aliénations historiques : le communisme est désaliénation universelle ou n'est pas, non pas seulement parce que chaque aliénation est à résorber mais parce que toutes s'entrecroisent – ainsi l'exploitation économique a vitalement besoin de s'étayer sur la domination étatique et la mystification idéologique. Conséquence : le mouvement réel du communisme, s'il a un caractère de masse, n'est pas celui d'une classe en particulier – même si le peuple ouvrier y est au premier chef concerné – mais de toutes les forces collectives et individuelles avides de quelque désaliénation. Pour reprendre une formule à mes yeux judicieuse, la force communiste dont il est besoin doit être celle non d'une classe mais d'un projet un et divers à la fois : tout ce qui renvoie même de façon très indirecte à la logique infectieuse du capital, tout ce qui constitue un présupposé négatif ou positif de son dépassement possible peut et doit être source de mouvement communiste réel. Le champ des initiatives à prendre est immense.
Dépassement de toutes les aliénations historiques : à son tour, le mot dépassement – celui même de Marx (en allemand, Aufhebung) quand il parle du communisme comme "mouvement réel" – ajoute encore de l'essentiel à ce qui précède. Une désaliénation est inévitablement un processus en temps long, hors de portée d'un acte révolutionnaire soudain même si des décisions de pouvoir peuvent le favoriser, mais c'est un processus que rien ne peut empêcher de s'engager aujourd'hui même. Ceci condamne tout renvoi du dépassement du capitalisme à un après-conquête du pouvoir qui n'est jamais venu dans aucun pays développé, et dans la supposée préparation duquel c'est en fait la subalterne bataille électorale qui accapare sans cesse les forces. Le mouvement communiste s'engage aujourd'hui dans de tout autres batailles qu'électorales ou ne s'engagera jamais. Par-delà les vieilles images d'Épinal de la "révolution" – du moins pour ce qui concerne les pays les plus développés – il faut réfléchir à l'idée forte d'évolution révolutionnaire, processus multiforme et inégal mais poursuivi avec esprit de suite d'initiatives engagées, de succès partiels remportés, de rapports de forces modifiés, d'élévation d'enjeu des initiatives dès lors possibles… Oui, on peut faire dès aujourd'hui de bonne politique avec le communisme. Et à moins du communisme, au point où en est le capitalisme, je ne vois pas quelle bonne politique est possible


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Posté par danielrenard à 06:30 - - Commentaires [0] - Permalien [#]