jeudi 30 mars 2017

la mort de Daniel Renard (1930-2017)

Papa et roses rouges

 

 

Daniel Renard est mort

 

Daniel Renard est mort, ce matin jeudi 30 mars 2017, dans son sommeil après plusieurs jours d'altération de son état physique. Il avait 86 ans.
Instituteur, infatigable militant communiste et syndical, ancien maire adjoint à la culture, auteur de plusieurs ouvrages, il meurt sans avoir vu la réalisation de ses idéaux mais il a vécu d'espérances et de combats, de droiture et de réserve, d'attention perpétuelle aux autres et du désir de savoir.
Il rejoint Marcelle, sa femme, qui nous a quittés en février 2008.

Daniel Renard est né le 14 mai 1930. Il avait adhéré au Parti communiste le 20 septembre 1947. Jusqu'à ces derniers mois, il militait activement à la tête des Vétérans du PCF.

Il était membre du Comité Justice et Vérité pour Charonne.

  • Ses obsèques auront lieu le mercredi 5 avril à 15 heures, au vieux cimetière de Bezons (rue de la Paix).

 

 

Pierre Laurent, secrétaire national du P.C.F.

C'est avec une très grande tristesse que je viens d'apprendre le décès de Daniel Renard dans sa 87ème année.

Daniel était un militant dévoué et expérimenté, un homme de conviction et de terrain, attaché aux valeurs de progrès et d'égalité, attaché à son parti dont il est devenu Président National des Vétérans, après plusieurs années de proche collaboration avec Louis Baillot.

Il avait acquis de sa formation d'instituteur et de syndicaliste enseignant ce goût profond de la justice, cette attention aux nouvelles générations, sa volonté de transmettre savoir et expériences acquise. C'est notamment pour cette raison qu'il présidait le comité de Justice et Vérité pour les victimes de Charonne.  

Daniel était aussi profondément attaché au département du Val d'Oise et à ses habitants, notamment sa ville Bezons dont il fut de nombreuses années adjoint à la culture.

Le Parti Communiste Français perd un homme et un militant qu'il est fier d'avoir compté parmi les siens.

Aux habitants de cette ville, du département, aux communistes avec qui il fut de tous les combats au cours d'une vie militante riche et intense, je tiens à faire part de toute ma sympathie et de mes plus sincères condoléances.

À Denis, Michel et Claudine ses enfants, à Aude, Manon, Émile et Clémence ses petits enfants, à Cassim, son arrière petit-fils, né il y a un mois et que Daniel aura eu l'ultime bonheur de tenir dans ses bras, je veux dire toute mon affection et partager leur peine avec eux.

Pierre Laurent
30 mars 2017
source

 

 

Daniel Renard sept 1952
Marcelle et Daniel Renard en septembre 1952 au moment de leur mariage

 

Daniel Renard dans sa classe 1956
Daniel Renard, instituteur, dans sa classe en 1956

 

Papa école laïque 1961 (1)

Papa école laïque 1961 (2)
Daniel Renard, Comité départemental d'Action laïque, Palaiseau, 1961

 

Papa lisant 1967
Daniel Renard, fin années 1960-début années 1970

 

Daniel Renard 1976
Daniel Renard, 1976

 

Papa, mars 1979
Daniel Renard, 1979

 

Maman, Papa et Émile 20 mai 2007 - copie
Daniel et Marcelle Renard, et leur petit-fils Émile, 2006

 

Vétérans Val d'Oise 10 février 2007
réunion des Vétérans du Val d'Oise, 10 février 2007

 

Congrès 13 déc 2008 (2)

Congrès 13 déc 2008 (1)
Congrès du PCF, 13 décembre 2008

 

Papa Noël 2012 - copie
Daniel Renard, décembre 2012

 

Ton Papa et ton grand-père Daniel, décembre 2012 - 1 - copie
Daniel Renard et son fils aîné Michel, décembre 2012

 

Papa mars 2017
Daniel Renard, mars 2017

 

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Daniel Renard nous a quittés

 

Le maire de Bezons

Ancien élu, humaniste, progressiste, véritable mémoire de la ville et de son histoire, l'instituteur qu'il n'a jamais cessé d'être, vient de décéder.

C’est avec une immense tristesse que j’apprends la disparition de Daniel Renard.

Rendre hommage à Daniel, c'est évoquer une vie bien remplie au service des autres, une vie militante porteuse de valeurs humanistes.

Daniel, c'était l'amour de sa ville pour laquelle il a écrit de très nombreux ouvrages relatant la réalité quotidienne de générations de Bezonnaises et de Bezonnais. L’amour de son parti – le parti communiste - au sein duquel il aura milité sans compter pour une société plus juste à l’égard des plus humbles.

Il était notre historien local portant à la lumière celles et ceux qui, au travers de leurs engagements et de leurs luttes, ont façonné notre ville. Je garde en mémoire de nombreux ouvrages parmi lesquels Bezons du village à la ville, Bezons et la guerre 1914-1918, Du dispensaire au centre de santé de Bezons ou encore ce remarquable livre sur le docteur Destouches, plus connu en littérature sous le nom de Céline qui, condamné pour collaboration avec les nazis, restera aussi «le médecin maudit de Bezons». Ces derniers mois encore, il me faisait part de son dernier projet d’ouvrage portant sur l’origine des noms de rues de notre ville.

Homme de culture, il aura assumé durant plusieurs mandats la fonction d'élu local, toujours soucieux de l’émancipation humaine.

Nombreux sont les Bezonnais qui l’ont côtoyé et ont pu apprécier sa personnalité, chaleureuse qui fait honneur à la politique faite de droiture et de loyauté. Une denrée rare de nos jours en politique !

Profondément attristé, j’adresse au nom des Bezonnaises et des Bezonnais et en mon nom personnel un très sincère message d’amitié et d’affection à ses enfants : Michel, Denis et Claudine.

Dominique Lesparre, maire de Bezons
source

 

Papa site mairie Bezons

 

 

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vendredi 8 janvier 2016

Michel Tartakowsky, 1923-2015

Michel Tartakowsky portrait

 

 

Michel Tartakowsky, 1923-2015

 

Michel Tartakowsky, responsable du service des correspondants durant quarante ans, ancien résistant devenu journaliste de l’Humanité, est décédé à l’âge de 92 ans. Ses obsèques auront lieu jeudi au Père-Lachaise.

Le nom de Michel Tartakowsky est familier à l’Humanité. Tellement familier, celui que ses collègues surnomment «Tarta» est un point d’amarrage, un des plus solides et ardents animateurs de la vie du journal durant près d’un demi-siècle.

Né le 30 novembre 1923 à Paris, il est entre 1957 et 1999 le grand ordonnateur du travail des milliers de correspondants de l’Humanité. Ce service, qui était bien plus qu’un service, se constituait d’un réseau de militants, rédacteurs de dépêches, photographes et reporters. Cette agence de presse informelle comptait des correspondants-militants répartis sur l’ensemble du territoire et alimentait la rédaction d’informations de première main et prises de vue exclusives.

Au même titre que les comités de diffusion (CDH), les «correspondants» ont représenté «une autre façon d’être lecteur de l’Humanité», selon l’expression de l’historien Alexandre Courban. On dénombre ainsi 2 387 correspondants en 1968. Si leur création se situe dans l’entre-deux-guerres, dans les années 1920-1930, ces deux formes d’engagement en faveur du journal quotidien et hebdomadaire se développent véritablement, et en particulier la correspondance de façon quasi professionnelle, après la Libération. Michel Tartakowsky y joue un rôle primordial.

 

Le jeune Parisien se politise

Son entrée, en janvier 1953, au sein de la rédaction de l’Humanité fait suite au combat contre la barbarie nazie. Fils de juifs réfugiés de Russie, Michel (Roland pour l’état-civil) Tartakowsky accomplit ses études primaires dans le quartier de la Goutte-d’Or. Après son certificat d’études, il entre à treize ans comme apprenti chez un maroquinier et devient riveur en maroquinerie.

Le jeune Parisien se politise et milite avec les Jeunesses communistes. Désireux de se battre, il rejoint la zone Sud en 1941 et s’engage à Lyon au sein de l’Union de la jeunesse juive (UJJ). Dans les mois qui suivent, il contribue à la création de groupes de combattants de la MOI, la résistance FTPF. Passant de Lyon à Limoges, il dirige une unité du maquis en février 1943 et participe à la libération de Limoges le 21 août 1944.

Fin 1945, il revient à Paris. Là, il se marie, le 25  juillet 1946, avec Sophie Lachminovitch (qui était, dans la Résistance, agent technique de Charles Lederman, le dirigeant de l’Union des juifs pour la résistance et l’entraide, UJRE). Michel Tartakowsky milite au PCF à Paris.

 

Journaliste

Le 7 juillet 1946, il devient journaliste à l’Union française d’information (UFI), agence de presse pour dix-sept quotidiens du PCF et du Front national de lutte pour la libération et l’indépendance de la France. En 1953, c’est l’Humanité. L’ancien résistant signe ses articles sous le pseudonyme de Roland Michel. Il est d’abord affecté à la rubrique Front du travail (avec Octave Rabaté comme responsable), avant d’animer en 1955 la « rubrique de la paix » (une page quotidienne contre la bombe atomique).

Mais surtout, de 1957 à 1999, il réorganise et dirige le service des correspondants de l’Humanité. Il est également rédacteur en chef de l’Almanach de l’Humanité, de 1962 jusqu’en 1997. On peut aujourd’hui mesurer l’ampleur de cette aventure humaine des correspondants en consultant le fonds notamment photographique remis aux archives départementales de Seine-Saint-Denis, à Bobigny.

Au nom des équipes de l’Humanité, le directeur du journal, Patrick Le Hyaric, a adressé un message de condoléances à sa compagne Paulette Jourda, à sa fille Danielle, à son fils Pierre, à sa belle-fille Ewa, à sa petite-fille Camille, à la famille et à tous les proches touchés par ce deuil. Patrick Apel-Muller, directeur de la rédaction, et son ancien collègue Jean Rabaté comptent également parmi les messages de soutien et de sympathie rassemblés au journal.

Les obsèques auront lieu jeudi 24 décembre à 11 h 30 au crématorium du Père-Lachaise. Sans fleurs ni couronnes.
L'Humanité, 22 décembre 2015

 

Michel Tartakowsky
Michel Tartakowsky, 1923-2015 (DR, source)

 

- lien : le site des photographies des correspondants de l'Humanité.

 

Michel (Roland) Tartakowsky portrait
Michel (Roland) Tartakowsky

 

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mercredi 26 août 2015

Claude Cabanes est mort

Claudes Cabanes (18)

 

Claude Cabanes (1936-2015)

un esprit, une plume, une voix

 

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article de l'Humanité : Claude Cabanes est décédé

Claude Cabanes, ancien rédacteur en chef de l'Humanité de 1984 à 2000, est décédé mardi à l'âge de 79 ans des suites d'un cancer ont annoncé son fils et Patrick Le Hyaric, directeur de l'Humanité.

"Pour nous, c'est une des grandes figures de l'Humanité qui part. C'était une voix et un style particulier. Il ciselait les mots et les utilisait comme des armes, au bon sens du terme", a Patrick Le Hyaric à propos de cet homme "chaleureux, très cultivé et toujours à l'affût de l'information".

Passionné par les mots et l'écrit en général, Claude Cabane était devenu en 2000 éditorialiste et chroniqueur. Il avait publié un livre d'inspiration autobiographique, Le Siècle dans la peau (2005) et un Éloge de la vulgarité (2011).

Né le 29 avril 1936 à Toulouse (Haute-Garonne), Claude Cabanes, licencié en droit, adhère au PCF en 1962, au lendemain de la guerre d'Algérie qui l'a profondément révolté. Il entre en 1971 comme rédacteur à l'Humanité-Dimanche, dont il fut successivement chef du service culturel (1973), adjoint au chef du service politique (1975), puis rédacteur en chef adjoint (1976).

Deux ans plus tard, il assume les mêmes fonctions au quotidien l'Humanité, avant d'être nommé fin 1981 chef du service culturel des deux publications. En 1984, Claude Cabanes remplace René Andrieu comme rédacteur-en-chef. Il assume cette fonction durant seize ans.


L'Humanité, 26 août 2015

 

Claude Cabannes (4)
Claude Cabanes (1936-2015)

Hommages

François Hollande :  "Fils d'un chef d' État-major des FTP (francs-tireurs partisans, ndlr) dans le Sud-Ouest, il était resté fidèle à la mémoire des résistants communistes", a réagi le président de la République à propos de celui qui participait régulièrement à l'émission "On refait le monde" sur RTL ou de "Droit de réponse" sur TF1.
 
Fleur Pellerin, ministre de la Culture : "La culture de Claude Cabanes était immense, et bien connue des lecteurs du journal fondé par Jean Jaurès. Il avait pour lui cet amour des mots et de la langue française, et cette intelligence passionnée des combats d'idées".
 
Pierre Laurent, secrétaire national du PCF : «Une grande plume de l’Humanité s’est éteinte» : Ce matin, il fait un temps splendide à Paris. Et pourtant, aujourd'hui, la chaude voix du sud de Claude Cabanes s'est éteinte, vaincue par le cancer. Claude était une des grandes plumes de l'Humanité, dont il a dirigé la rédaction de longues années. Personne n'oubliera ses éditoriaux cinglants. Il fut aussi une grande voix du journal dans de nombreux médias, de France Inter puis à RTL.
Avec sa voix rocailleuse, son sourire ou sa plume aiguisée et pleine d'humour, il aimait les mots, il aimait le débat d'idées, la confrontation des esprits. Il aimait l'impertinence, le monde ouvrier, la vie. Claude détestait les injustices, toutes les injustices.
Il trouvait à chaque occasion, le bon mot, la bonne phrase qui ferait mouche. Il pouvait parfois même être de mauvaise foi, mais toujours pour la bonne cause. Cela fut vrai dans ses nombreuses tentatives d'arrêter la cigarette.  J'ai  eu la chance d'apprendre mon métier à l'Humanité quand Claude en était l'une des signatures illustres. J'ai pu apprécier son envie de faire comprendre les njeux politiques du moment. J'ai vu comment il cherchait les angles d'attaques d'un éditorial, d'un article.
Comment dire simplement des choses compliquées.  Je l'ai vu chercher toujours  comment renouveler le journal, ce qui valait de belles empoignades dans la rédaction. Homme d'une grande culture, Claude a  toujours partagé cette richesse avec les lecteurs de l'Humanité et de l'Humanité Dimanche, mais aussi  à la Fête du journal où il aimait polémiquer sur les estrades. À sa famille, sa femme que j'ai eue hier au téléphone, à  tous ses proches, à ses amis journalistes du monde de la culture, j'adresse le salut fraternel du Parti Communiste. À tous, j'adresse  mon affection et mon amitié dans ce moment si difficile. "

 

Claude Cabannes (2)
Claude Cabanes (1936-2015)

 

Claude Cabannes (3)
Claude Cabanes (1936-2015)

 

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Le siècle dans la peau

 

 

Le Siècle dans la peau couv

 

Pour son premier roman, l'ancien rédacteur en chef de l'Humanité rend hommage d'abord aux mots. Et à un «certain» siècle, le sien, le nôtre.

Question - Du 29 juin 1936, 21 juin 1945, 4 juillet 1954... jusqu'au 14 mai 1998 : presque tous les chapitres du roman que vous venez de publier (1) ont une date en exergue. La chronologie structure votre fiction, comment participe-t-elle de votre mémoire ?

Claude Cabanes - J'ai passé la moitié de ma vie à lire. La littérature, les écrivains m'ont toujours beaucoup impressionné. À tel point que j'ai longtemps estimé vain d'écrire moi-même. Cependant, j'ai réussi peu à peu à surmonter cette paralysie. Et un jour, j'ai présenté à mon éditrice un manuscrit. J'avais le sentiment que tout cela n'aboutirait pas, mais qu'il fallait que j'en passe par là.
Cette éditrice m'a pris par la main et m'a aidé non pas à écrire, mais à donner sa forme, sa structure à ce qui deviendrait le roman. Elle m'a aidé à le construire. L'idée, à laquelle je me suis rangé, de donner au lecteur une double entrée pour chaque chapitre, vient d'elle.
De là cette chronologie qui court sur un demi-siècle. Ce que je voulais faire, c'était mêler systématiquement l'histoire et son retentissement dans la profondeur de mon être. Parce que l'histoire ce n'est pas que des événements, des manifestations, des parades de chefs d'État, des tragédies, toutes choses que l'on retrouve dans les livres d'histoire. C'est aussi le bruit de tout cela au plus profond de soi-même dans la nappe phréatique de l'être.
Ainsi par exemple, 1968 ne représente pas seulement pour moi les événements de Mai mais aussi une explosion affective et - intellectuelle bouleversante. Intimité et histoire sont confondues. Ce matériau-là, je l'ai réinjecté dans une fiction.
Je n'ai pas écrit une autobiographie. Et la fiction m'a submergé : je suis devenu une barque sur le fleuve de l'écriture. Ainsi les dates qui ouvrent les chapitres ne sont-elles pas significatives pour moi, mais constituent des repères de lecture, tant sur le plan de la forme que sur celui du fond. Des repères dans cet étrange mélange d'histoire, de biographie et de fiction. C'est ce qu'a très bien analysé Bernard Pivot dans une chronique du Journal du dimanche.

Question - Votre roman commence par ces mots, forts : «Je tiens ma haine en laisse. Je hais.» Tertullien disait : «La haine est la fille de la crainte» et Victor Hugo dans les Contemplations écrit : «La haine, c'est l'hiver du coeur.» Avec laquelle de ces deux citations êtes-vous d'accord ?

Claude Cabanes - J'aurais envie de dire que je hais ma haine. Cette haine est un produit de notre histoire. Parce que comme communistes, nous avons vécu un drame absolu : la mort de l'imaginaire. Rien n'est plus terrible que cette mort-là. Que ce deuil-là, celui d'une chimère. Or, avec la mort du communisme incarné, si vous permettez la référence christique, c'est notre imaginaire qui a disparu. Ma haine est le produit de cet effondrement. Et de ce que je peux constater du devenir de notre monde, de ce que je peux voir de cette abjection molle qui désormais gouverne à notre société. Je pense que ma haine est en ce sens plus proche de la haine dont parlait Hugo, c'est une haine d'hiver, d'après décomposition de notre grande espérance révolutionnaire, notre printemps. Il faut la reconstruire. Parce que si la lettre du communisme est morte, l'esprit du communisme continue de hanter le monde.

Question - Vous avez été chef de la rubrique culture, puis rédacteur en chef adjoint de l'Humanité dimanche, puis rédacteur en chef de l'Humanité quand celle-ci était encore l'organe central du Parti communiste. Vous êtes encore éditorialiste, après avoir été directeur de la rédaction. Le rapport du Parti avec la littérature, les écrivains, a longtemps été compliqué. Comment viviez-vous les prises de position du Parti à ce moment-là et que gardez-vous de cette période ?

Claude Cabanes - C'est toute une histoire qui mérite mieux que quelques lignes. La trajectoire du journal se confond avec celles de la littérature et de la pensée françaises : c'est l'Humanité qui publie en feuilleton les Caves du Vatican, de Gide, et c'est l'Humanité qui rend compte de la thèse du jeune docteur Jacques Lacan.
Dans la période stalinienne la plus dure, l'instrumentalisation de la littérature, de l'art et de la pensée a été détestable. Mais ça n'a pas duré. L'Huma a conservé une sorte de génie rampant de l'ouverture. À l'époque de mes responsabilités tout ça était fini. Reste que l'on peut encore ricaner du fait que le journal n'a jamais donné la parole à Jean-Paul Sartre ou à Michel Foucault.

Question - Revenons au roman. Vous avez opté pour un style bref, d'une facture vive, un vocabulaire contemporain. Quels sont les écrivains dont le style vous a le plus marqué ? De qui vous sentez-vous proche aujourd'hui dans l'écriture ?

Claude Cabanes - Parmi les grands écrivains : Aragon, bien sûr. Encore et toujours. Et c'est probablement l'Aragon de la Semaine sainte qui m'a le plus touché en profondeur. Mais aussi Proust. La Recherche du temps perdu est le livre inépuisable. On peut passer une vie à lire et relire Proust. Ce que je fais d'ailleurs, selon les moments, en fonction de ce que je suis en train de vivre.
Et il y en a tant d'autres. Par exemple dans la littérature américaine : Manhattan Transfer, de John Dos Passos est un des romans qui a fondé ma passion de la littérature. Cependant, je ne sais pas faire la part entre les écrivains que j'ai aimé lire et relire et ceux qui m'ont influencé dans ma manière d'écrire.
Pour les contemporains, je me sens proche de Philip Roth et assez loin de toute cette littérature grise, en demi-teinte, fade que nous connaissons actuellement. Beaucoup de romans d'aujourd'hui se replient sur la sphère narcissique d'une manière qui m'ennuie à mourir. Carlos Fuentes a eu cette phrase qui me poursuit sans cesse : «Chaque roman devrait ajouter un peu de monde au monde tel qu'il est.»

Entretien réalisé par
Jérôme-Alexandre Nielsberg
L'Humanité, 19 février 2005

(1) Le Siècle dans la peau, Maren Sell Éditeurs (282 pages, 19 euros).

 

 

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Éloge de la vulgarité

 

Éloge de la vulgarité couv

 

Éloge de la vulgarité couv (2)
Éloge de la vulgarité, Claude Cabanes, 2011, éd. du Rocher

 

- "Je suis un dandy et je vomis la vulgarité. J'appelle à un soulèvement de l'esprit pour la défense du style, de la droiture et de l'élégance", Claude Cabanes, 2011.

 

 

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portraits

 

Claudes Cabanes (13)
Claude Cabanes (1936-2015)

 

Claudes Cabanes (14)
Claude Cabanes (1936-2015)

 

Claudes Cabanes (15)
Claude Cabanes (1936-2015)

 

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Claude Cabanes (1936-2015)

 

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Claude Cabanes (1936-2015)

 

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Claude Cabanes (1936-2015)

 

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Claude Cabanes (1936-2015)

 

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Claude Cabanes (1936-2015)

 

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Claude Cabanes (1936-2015)

 

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Claude Cabanes (1936-2015)

 

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Claude Cabanes (1936-2015)

 

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Claude Cabanes,

une noblesse de plume pour servir l'espérance

Patrick APEL-MULLER

 

L’ancien directeur de la rédaction de l’Humanité est mort mardi soir [25 août 2015] à l’âge de 79 ans. Son élégance, son goût de la polémique, sa passion pour les mots ont marqué des générations de lecteurs.

«Le tranchant de la lame, l’élégance de la phrase et l’humour souvent ravageur.» Ces mots que Claude Cabanes dédiait à René Andrieu – «un maître, comme l’on dit d’un maître d’armes» – lui allaient comme un gant. Et des gants, il en avait jeté beaucoup, bretteur de la plume et débatteur enflammé sur le plateau de Michel Polac.
Celui qui fut de 1981 à 2000 le ­rédacteur en chef puis le directeur de la rédaction de l’Humanité s’identifiait à son journal, une inextinguible passion avec ce que cela comporte d’exaltations et de ­douleurs. Jusqu’à ces dernières semaines, refusant de plier le genou devant la maladie, il passait dans mon bureau et lançait : «Il faut que je te fasse un édito un de ces jours.»

«Je porte en moi, intacte et pure comme le diamant, douce comme la peau du ventre d’une jeune femme, brillante comme la lame du meilleur acier, la flamme de la révolte», avait-il écrit dans son journal en ­novembre 2000. Avait-elle grandi lors de cette entrée au lycée où les fils de bourgeois moquaient ce pensionnaire «aux chaussettes tricotées» ? S’était-elle nourrie de sa passion étudiante pour «les grands textes de la révolte», Sartre, Camus, Rimbaud ou Lautréamont ? Ou bien dans cet épisode d’insoumission qui conduit le deuxième classe hostile à une guerre injuste dans une prison d’Algérie ? Il est difficile de dénouer la part des mots et des mêlées du temps dans le parcours de Claude Cabanes.

Rien d’anodin à ce que son dernier texte publié dans l’Humanité fut un cri d’indignation contre la volonté d’effacer la résistance ­communiste de l’histoire.
Elle marqua si profondément l’enfant dont le père, colonel FTP, avait guerroyé dans le Sud-Ouest. Un héros si proche et si lointain quand les parents déchirés se disputent sa garde. Finalement confié à sa mère – institutrice vouée à la littérature, occitaniste raffinée qu’admirait l’écrivain Félix Castan, féministe –, Claude Cabanes vécut une enfance gersoise au milieu des femmes de sa famille. On en déduirait peut-être facilement que son goût pour la haute couture à quoi il fait sa place dans les ­colonnes de l’Humanité et son intérêt pour la corrida tenaient à ces deux pôles d’aimantation.

Claudes Cabanes (17)Sorti de l’université avec un doctorat de droit public, militant communiste en 1962, il était devenu un dirigeant de la fédération du PCF dans le Val-de-Marne, militant professionnel, le matin aux portes des usines, le soir dans des porte-à-porte ou des réunions enfumées.

Mais, sans doute, l’art des mots, griffés noir sur blanc, lui manquait-il. Entré à l’Humanité en 1971, passant de l’hebdomadaire au quotidien, alternant les rubriques culturelles et politiques, Claude Cabanes devint vite un de ses noms que ­retiennent les lecteurs. «C’est grisant de brasser le monde», confiait-il et, lui qui avait vu l’Humanité brûlée au pied de l’amphi de son université par les partisans de l’Algérie française, revendiquait le statut de journaliste communiste.

« Je ne crois pas - affirmait-il à l’Événement du Jeudi -, au mythe de l’objectivité et de l’indépendance (…). Il n’y a pas la vérité, les faits, mais de la contradiction.» Et il répliquait à ceux qui le titillaient sur une écriture engagée : « Il me semble d’abord que la ­littérature est engagée, comme on disait autrefois, du fait qu’elle s’écrit avec des mots. Or les mots ont un pouvoir d’action sur le monde : ils le transforment. Ce sont les mots de la Bible, de la Déclaration des droits de l’homme, du Manifeste communiste qui ont soulevé des montagnes. »

 

Garder l’âme, l’esprit du journal et conquérir de nouveaux rivages

«Tenir tête à la cruauté du monde.» C’est sur cette selle-là que galope sa plume et qu’il ne vide jamais, même quand les salons parisiens lui ouvrent leurs portes, fascinés/révulsés par ce séducteur qui sait aussi faire du communisme un dandysme, une élégance, une culture, un drame parfois qu’il balaie d’une citation de Roger Vaillant : « La recherche (du bonheur) est une tâche difficile et héroïque. »
Son accent d’Armagnac le fait reconnaître des auditeurs et des téléspectateurs. Le service public ayant mis le pluralisme sous clé, il poursuit ses confrontations de micro sur RTL, dans "On refait le monde", désormais animé par Marc-Olivier Fogiel.

En 1982, il devient membre du Comité central du PCF – il restera membre du parlement du Parti jusqu’en 2003 – comme une annonce de la responsabilité qui lui échoira deux ans plus tard à la tête de la rédaction de l’Humanité. Roland Leroy l’a choisi pour l’ouverture qu’il pouvait apporter au quotidien ; Georges Marchais l’a adoubé. Et Claude Cabanes s’y est attaché, exercice délicat où il faut garder l’âme et l’esprit du journal, la fidélité des lecteurs et conquérir de nouveaux rivages. Il le fit parfois jusqu’à trébucher – joutant rudement avec qui le contredisait en interne – et souvent avec succès.

 

Il frappait de pointe et ­d’estoc « l’abjection molle » du moment

Origine du monde Huma 27 juin 1995

On se souvient peu que l’Humanité fut ainsi le premier quotidien français à publier à sa une l’Origine du monde, de ­Gustave Courbet. Avec son ami Michel Boué, il fit rentrer les créations étincelantes de Saint Laurent et de Lacroix dans des ­colonnes où l’on se méfiait du luxe et les ouvrit aussi à la liberté des mœurs, tandis que, goût pour la polémique aidant, il frappait de pointe et ­d’estoc les abandons du mitterrandisme, le «règne de la marchandise et du néant», « l’abjection molle » du moment, ainsi qu’il le lança dans un portrait de Libération.

Il fut de ceux qui permirent à l’Humanité – et il tira bien des bords dans cette navigation – de se dégager du corset de l’organe central de parti pour une métamorphose en journal communiste, ouvert aux curiosités des femmes ou hommes de gauche. Il avait retenu cette image pour son projet en 1999 : «Quand les hommes s’intéresseront aux hommes.»

Sous son profil de condottiere, il recherchait une noblesse de plume (loin des affaissements voraces de la noblesse de robe), mise au service d’une espérance, tendu dans cette trajectoire perturbée par des cahots sanglants.

Le train fou de l’actualité lui a longtemps permis de différer une envie que paralysaient les statues des commandeurs de la ­littérature. Au premier rang desquels Aragon, longtemps lu «comme un ­voleur». «Après tout, écrivit-il, nous sommes de la même famille et nous avons partagé le même cauchemar. Il ne faut pas en vouloir aux enfants de fouiller dans les malles du grenier.»

 

À fleur de peau pour traverser le siècle

Mais le poids écrase, le grand fleuve littéraire emporte, et il est aisé de se perdre dans les plis des étoffes somptueuses de la langue de l’auteur du Traité du style. Ce n’est qu’après avoir quitté ses responsabilités (tout en restant éditorialiste) qu’il publie en 2005 son ­premier roman, le Siècle dans la peau (chez Maren Sell).

Cette peau, c’est celle qu’il lui fallut durcir pour traverser le siècle, mais aussi celle entrevue dans un croisement de jambes sous la jupe. Par quoi, c’est plutôt vers Roger Vaillant qu’il regarde. Ce livre paya la dette qu’il avait à son propre égard et il ne prolongea pas «l’orgie du roman» (1).

Durant les derniers mois où la corne du cancer cherchait l’homme, Claude accueillait ce combat avec lucidité, un stoïcisme romain et le souci d’épargner son entourage, sa femme Marylène et ses trois enfants. Avec toujours, une démangeaison à la pointe de la rapière, quand nous évoquions l’actualité.

(1) Il a également publié en 2011 un pamphlet, Éloge de la vulgarité.

L'Humanité, 27 août 2015

 

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Claude Cabanes (1936-2015)

 

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                                                Claude Cabanes (1936-2015)

 

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samedi 10 janvier 2015

militants disparus

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militants disparus



- Georges Valbon (1924-2009)

- Guy Ducoloné (1920-2008)

- Arthur Buchmann (1924-2008)

- François Billoux (1903-1978)

- Louis Baillot (1924-2007)

- Michel Ghesquière (2007)

 

 

* le tableau qui ouvre cet article, Évolution, est de Armelle Geydet (source)

 

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mardi 9 juin 2009

Janine Cordaillat

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le 11 février 2007


Janine Cordaillat

Janine Cordaillat s'est éteinte le 8 juin. Elle nous quitte après une vie d'une très grande richesse.

Résistante de la première heure dans la Loire, le Rhône, l'Ain, militante communiste intègre, dévouée, disponible au service de tous, combattante de tous les instants sur tous les terrains.

D'une très grande culture, elle était l'ami de Roger Vailland, Jo Vareille, René Ballet, Henri Bourbon entre autres.
Elle apportait ses connaissances, sa réflexion, inlassablement à tout son entourage. Ses rapports avec tous, ses débats pertinents vont cruellement nous manquer.

Très attentive à la jeunesse, elle ne manquait pas une discussion avec elle, une manif, un contact avec les jeunes, une aide, une réflexion politique. Elle avait conservé la fougue de sa jeunesse.

Pendant des années elle a été d’un très grand apport politique à notre direction fédérale de l’Ain. Même après avoir quitté ses responsabilités. Intraitable sur les questions de la santé publique, elle a été de toutes les luttes sur le plateau d’Hauteville et au plan national puisqu’elle participait à la réflexion nationale sur ses questions. Y compris pendant toute sa maladie elle a eu un apport et des échanges avec les Professeurs et médecins qui la soignaient.

Prolixe dans tous les débats, quelques soient les thèmes abordés, sur tout les aspects de la vie, de la société, elle était fraternellement redoutable.

Adieu Janine notre camarade, adieu mon amie.

Guy Jacquin

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témoignage de Bernard Burato, 9 juin 2009 à 10 h 20

Chers camarades, chers amis

J’ai la douleur de vous faire part de la disparition de notre camarade Jeanine. Sa crémation aura lieu dans l’intimité à Lyon cette semaine Une cérémonie de dispersion des cendres aura lieu ultérieurement. Je ne dispose pas d’autres éléments pour l’instant Nous venons de perdre une grande dame de l’histoire de notre parti .

Toute sa vie aura été marquée par son combat pour la justice la dignité et l’humanisme. Par sa défense acharnée de principes qui fondent notre combat elle a souvent été présentée comme une gardienne du temple. Elle était tout son contraire, ouverte aux autres, à l’écoute des différences et d’un humanisme qui interpellait ceux qui la côtoyaient vraiment. Nous continuerons son combat

Un jour pourtant Un jour viendra Couleur d’orange Un jour de palmes Un jour de feuillages au front Un jour d’épaules nues Où les gens s’aimeront Un jour comme un oiseau Sur la plus haute branche.

Bernard Burato
secrétaire de la section du PCF

témoignage de Vincent Duthel, le 9 juin 2009 à 12 h 31

Que ce soit par sa présence ou son souvenir, Jeanine était et sera toujours pour nous tous  l’exemple de la volonté, de la ténacité, de l’engagement, du militantisme.

Vincent

 

témoignage de Jean-Pierre Merlo, le 9 juin à 12 h 36

Chères et chers camarades,

Si ma compagne Catherine et moi avons un lien affectif avec vous, avec Hauteville et le plateau c’est à l’amitié de Jeanine que nous le devons. Depuis des dizaines d’années pour certains d’entre nous nous vivions avec cette communiste hors du commun, présente dans tous les combats, attentive à toutes les campagnes et encore pour les dernières sénatoriales, défendant nos idées avec sa dernière Huma en prenant un café chaque jour au bistrot tant qu’elle en eut la force.

Nous nous souvenons de toutes ces campagnes législatives, de nos réunions chez elle, de nos quelques séjours à Cormaranche. Pour ma première campagne législative Jeanine m’avait fait découvrir Hauteville et les villages alentour, les vieux bistrots, une vieille dame de St Rambert héroine d’un roman de Roger Vailland, Jeanine devint une amie intime, on se téléphonait régulièrement.

Jeanine était aussi une grande intellectuelle, les murs de sa maison de Cormaranche sont tapissés de bouquins, elle admirait Roger Vailland. Je le la taquinais parfois en lui demandant de nous parler plus de sa relation avec lui. Jeanine anima longtemps l’association des amis de Roger Vailland.

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Cormaranche

En plus de la militante indomptable et jusqu’au boutiste qui se donnait à fond sur des sujets comme la filière bois, les hôpitaux, la mémoire de la Résistance et des enfants d’Ysieux. Jeanine était une amie des artistes. Jeanine organisa plusieurs fois des expositions de sculpture en plein air.

Quand on se voyait ou se téléphonait elle avait toujours un mot gentil pour Catherine qui est sculpteure et me disait : tu sais il faut prendre soin des artistes ils sont fragiles et sensibles. Je me souviens d’une réunion où Jeanine était venue il y a deux ans à Saint-Genis-Pouilly avec d’anciens résistants du CERN dont Herbert Herz ancien de la MOI, Marcel Vivargent et Albert Girardet.

Dans la dernière période au milieu de ses souffrances qu’elle surmontait avec humour, "tu sais je suis toujours là me disait-elle", Jeanine a pu voir les progrès du parti sur Hauteville. Vous les nouveaux adhérents, vous êtes aussi le fruit même indirect de son travail de conviction inlassable de toutes ces années.

C’est une grande peine d’apprendre la fin de Jeanine. Mais on est content d’avoir pu côtoyer une telle personnalité même si par moment sa ténacité à aboutir ou à défendre son point de vue pouvait un peu déranger. Mais Jeanine était intelligente et savait entendre les autres.

Nous devrons nous y faire il ne sera pas possible de retrouver une autre Jeanine. C’est aussi ce qui fera la force de son souvenir et qui fortifiera notre conviction de lutter même autrement pour un monde meilleur.

Chers amis, transmettez ma sympathie et mes pensées à la famille de Jeanine, à sa nièce proche.

Avec toute mon affection.

Jean-Pierre Merlo

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témoignage de Katia Philippe, le 9 juin 2009 à 15 h 12

Je serai présente aux funérailles ce vendredi 14 h 45. J’ai pu rendre visite une dernière fois à Jeanine le jeudi 4 juin, le lendemain de son hospitalisation à Lyon-Sud. François Auguste était avec moi.

source : site de la Fédération de l'Ain du PCF

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Roger Vailland (1907-1965)


La dame du Grand Liaz ne descendra plus aux Rencontres

Les Amis de Roger Vailland viennent de perdre leur pionnière, car enfin les plus jeunes d’entre nous n’étaient pas encore nés que Jeannine Cordaillat était déjà l’amie de Roger Vailland. Pour les uns, c’était «Jeannine», la «copine» ; pour les autres, «Madame Cordaillat» mais, pour tous, c’était une «dame», avec le parfum aristocratique de ce terme. Et Jeannine avait effectivement suivi la filière de formation d’une nouvelle aristocratie.

Une adolescence dans le bassin métallo-minier de Saint-Étienne, puis la résistance dans la Loire, le Rhône et l’Ain au gré des réseaux et de la répression, puis le parti communiste ; la «grande filière» comme d’autres le disent de l’ENA. Une riche école – Mes universités, disait Maxime Gorki – initiatrice à tous les sens du terme. Lors d’une Rencontre Roger Vailland à Bourg-en-Bresse, à un lycéen lui demandant : «Ce devait être dur la Résistance ?», Jeannine répondit : «Oui et non. Le danger, la peur de la torture, de la mort mais il y avait des compensations, une liberté anticipée ; on n’a jamais autant fait l’amour que pendant cette période.»

La route du Grand Liaz où habitait Jeannine au-dessus de Cormaranche, au cœur du plateau était devenue un important nœud de communication (automobile et idéologique). Auraient pu s’y croiser les voitures de Jo Vareille, journaliste du journal de la Résistance, Les Allobroges, Roger Vailland – le libertin rouge, Henri Bourbon – le bolchevik et aussi celles des permanents de la «fédé» de Bourg-en-Bresse, de dirigeants nationaux du «parti». Ces «hautes fréquentations», comme elle disait en se moquant d’elle-même, ne lui faisaient pas négliger le «travail de base».

Il y a quelques mois encore, chaque matin, sitôt levée, Jeannine allait prendre un café au bistrot de Cormaranche en y lisant le quotidien local ; je vais «tenir ma permanence», disait-elle. On y venait de loin (géographiquement et politiquement) pour lui parler, lui poser des questions, demander une explication ou de l’aide.

D’où que l’on vienne, de près ou de loin, de droite ou de gauche, ce n’était jamais en vain. Rentrée chez elle, Jeannine plongeait dans «sa soute», une grande pièce comble de livres, de brochures, de feuilles noires de notes sous le feu d’une radio qui crachotait en permanence et d’un téléphone qui crépitait en rafales avec, au milieu, un fastueux escalier en marbre de Carrare construit et offert par des «camarades» italiens.

Il n’y aura plus de «permanence» au bistrot de Cormaranche. De loin j’entends les regrets des habitués. «La dame du Grand Liaz n’allait jamais à la messe, soupire une vieille croyante, mais elle mériterait bien de monter tout droit au ciel.» «Elle ne se serait pas laissée balader, la Jeannine, corrige un camarade, elle savait bien que dieu ne lui aurait pas ouvert la porte. Le diable non plus. Il la savait trop proche des damnés de la terre… et d’ailleurs. Elle aurait fini par foutre la pagaille dans son affaire.»

René Ballet

source : site Les Amis de Roger Vailland

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C’est avec beaucoup de peine que nous vous avons appris le décès de notre camarade et amie Jeanine Cordaillat. Jeanine pour nous est une figure militante communiste, militante de la culture,  qui a marqué  notre propre vie militante. Grande gueule certes, nous la voyons la  «clope au bec» et entendons« sa voix éraillée» nous dire «hein….tu vois…».
Son image est aux portes des entreprises au petit matin, elle est aussi dans l’amitié avec Roger Vaillant qu’elle  inspira  dans Beau Masque, dans son amour pour Aragon, dans sa fidélité à la résistance qu’elle fit dans cette région de haute résistance où elle repose désormais…
Infatigable, elle était pour nous solide comme un roc…Depuis quelques années  elle était malade mais avec courage  elle continuait d’appeler à la section pour savoir comment  «ça se passait à Vitry» et jusqu’au bout du possible elle est venue à la fête de l’Huma.
Celles et ceux d’entre nous qui l’ont connu sont tristes parce que cette personnalité forte était tellement attachante dans ses excès et sa fougue… Jusqu’au bout rebelle et anti conformiste.
À sa famille, à ses camarades de l’Ain, au nom des communistes de Vitry nous adressons nos condoléances attristées.

Fabienne Pourre
secrétaire de section de Vitry sur Seine
source

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samedi 29 novembre 2008

Guta Lissner (1911-2008)

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Guta Lissner, une longue vie militante

Née à Lodz dans une famille juive de Pologne, Guta Lissner est décédée à l’âge de quatre-vingt-dix-sept ans le 1er novembre dernier à Montpellier, où se sont déroulées ses obsèques. Fichée comme militante communiste dès l’âge de seize ans, Guta avait émigré à Paris à l’âge de dix-huit ans. Trouvant du travail comme couturière à Belleville, elle adhérait au PCF dont elle a partagé nombre de combats en en restant membre jusqu’à son décès.

Agent de liaison dans la Résistance, elle participe aux combats de la MOI tandis que plusieurs membres de sa famille meurent en déportation. Une cérémonie aura lieu en son hommage dimanche 30 novembre à 11 heures, 14, rue de Paradis à Paris 10e, siège de la Commission centrale pour l’enfance et de l’Union des juifs pour la résistance et l’entraide.

L'Humanité, 28 novembre 2008

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faire-part paru dans Le Monde (26 novembre 2008)

Solange, sa fille
Léa, Muriel
et leurs époux,
ses amis
ont la tristesse de faire part du décès de
Guta LISSNER
née KOZLOWSKA
survenu le 1er novembre 2008, à l'âge de quatre-vingt-dix-sept ans.
Militante communiste, elle connut la prison en Pologne, l'immigration illégale dans la France des années 30 et l'occupation nazie.
Juive, elle refusa de porter l'étoile jaune et s'engagea dans la Résistance (FTP-MOI).
Nous lui rendrons hommage, dimanche 30 novembre, à 11 heures, à l'UJRE, 14 rue de Paradis, Paris 10e.

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Guta Lissner était née à Lodz, en Pologne

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Guta Lissner fut couturière à Belleville (Paris)

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Belleville avant 1914 ; Guta Lissner y arriva à la fin des années 1920


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Belleville, avant 1914.. mais cela n'avait guère changé 10 ou 15 ans plus tard...


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chambre d'une ouvrière à Belleville en 1910


Guta Lissner participa aux combats de la MOI (main d'oeuvre immigrée), dans la Résistance

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vendredi 28 novembre 2008

Claude Lecomte est décédé

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Claude Lecomte est décédé

De la guerre d’Algérie à l’Humanité et l’Humanité Dimanche, portrait d’un inlassable rebelle.

Claude Lecomte, notre ami, notre camarade, mon frère, est décédé mercredi [26 novembre] à Paris à l’âge de soixante-dix-sept ans des suites d’un cancer. Claude a participé au fil des quarante dernières années au rayonnement de l’Humanité et de l’Humanité Dimanche. Quant à son engagement communiste, il ne s’est jamais démenti. Mais je préfère d’abord évoquer le copain véritable, celui que l’on compte sur les doigts d’une seule main.

Jean Ferrat l’appelait «mon petit Claude». Nous étions quelques-uns à le surnommer «Claudius». Rien à voir avec le consul romain. Lui était un être cher auprès de qui nous trouvions conseil et réconfort, le sens de la mesure et l’éclat maîtrisé.

Sa gargantuesque bibliothèque, ses relations dans le monde littéraire, politique et artistique, son acharnement au travail ne suffisent pas à expliquer sa grande culture : une bonne part provenait de son expérience militante commencée à l’Union de la jeunesse républicaine de France, de ses voyages, de sa passion pour la musique et la peinture, l’art tout simplement, celui que l’on dit «classique» comme celui de la rue. Il ratait rarement une exposition, un bon spectacle, un bon film et connaissait la moindre ruelle de la capitale. Avec Micheline, sa femme, il aimait sentir vibrer Paris.

Avec Claude, la convivialité était une règle de vie. Son attachement à son journal et à son parti aussi. Ce qui ne l’empêchait pas de s’opposer à des orientations qu’il ne partageait pas. Il n’imposait jamais, préférant le débat et la persuasion. Il était force de proposition. Et de franche rigolade. La mise en scène un soir de «marbre» à l’Huma d’une fausse grève générale à la SNCF, entraînant le «rédacteur en chef» de service, Okba Lamrani, à provoquer le retour précipité de la hiérarchie, restera dans les annales du journal. Le réveil du lendemain fut plutôt rude.

Claude était un rebelle. D’abord contre le colonialisme. Il avait été l’un des rédacteurs du journal communiste adressé aux jeunes du contingent pendant la guerre française en Algérie. Premières armes à Avant-Garde, premières actions contre la guerre avec en prime de longs mois de prison. «La tôle pour des raisons politiques, ça forme un homme», disait-il. Combien furent grands son plaisir et son émotion lorsque, bien plus tard, il retrouva Alger.

Dans les années 1960, le PCF, prenant en compte les évolutions dans la jeunesse, décidait la publication du magazine Nous les garçons et les filles. C’était l’époque «yé-yé», la fin de la guerre d’Algérie, des modes nouvelles. NGF, comme on disait, mêlant musique et politique, découverte et solidarité, action et détente, fut un vrai succès d’édition avec des pointes de vente à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires. Claude en était le rédacteur en chef adjoint auprès de Robert Lechêne.

Autour d’eux, une joyeuse bande réunissait des jeunes journalistes comme Claude Kroës et Claude Angeli, des photographes comme Jean Texier et Gérald Bloncourt. C’était l’époque où Claudius fréquentait Jacques Brel, Georges Brassens, accompagnait Jean Ferrat à Cuba. Puis vint le temps de l’Humanité Dimanche avec André Carrel. Les nuits de bouclage, sur une terrasse du dernier étage de la rue du Faubourg-Poissonnière, ce fin gourmet et excellent cuisinier faisait «simple» en enfumant le quartier avec ses soirées merguez. Les bégueules n’appréciaient guère. Pas ceux qui une fois le travail ficelé savaient boire un bon coup et rigoler jusque tard dans la nuit en refaisant le monde.

Claude affirmait que les pisse-froid dans ce métier ne font jamais des étincelles. «Retravaille ton papier, il n’est pas bon», me dit-il un jour. J’étais à Buenos Aires en pleine guerre des Malouines, lui à Paris à la rédaction en chef de l’Humanité Dimanche. Claude savait aussi remettre les pendules à l’heure. Ancien chef du service «infos générales», il revient à la quotidienne comme chef du service politique à la demande de Roland Leroy qui, il y a peu, fut un des derniers à lui rendre visite avec sa femme Danièle.

Tous ceux qui ont travaillé avec Claude conservent un souvenir chaleureux de l’homme, du journaliste. «Nous n’imaginions pas qu’à l’Humanité on savait mêler autant de sérieux et de bonne humeur», lui lança un jour un officier de l’école de guerre en visite au journal. Quelques mois plus tôt, lors des journées parlementaires du RPR à Bordeaux, Claude était assis à la droite de Mme de Rothschild. Celle-ci lança à Charles Pasqua : «Charles, je viens de dîner en compagnie d’un journaliste de l’Humanité. Un moment très amusant». Et l’ancien ministre de l’Intérieur de répliquer : «Madame, méfiez-vous, les communistes souriants sont les plus dangereux».

Après la retraite et jusqu’à la fin de sa vie, Claude n’a jamais cessé d’écrire. Les lecteurs de l’Humanité et de l’Humanité Dimanche ont pu lire encore récemment ses «papiers» sur la guerre d’Algérie, Charonne, la Constitution de 1958, l’action contre le général nazi Speidel, des critiques de livres… Il était aussi l’auteur de plusieurs ouvrages sur l’affaire du Rainbow Warrior, le Pas-de-Calais, les jeunes du contingent en Algérie, la Chorale de Paris…

Il animait le comité de rédaction de Vie nouvelle, le magazine des retraités de la CGT. Il était aussi membre du Bureau national des vétérans du PCF. Avec sa femme Micheline, la fille de Georges Frischman, ancien dirigeant de la CGT et du PCF, ils formaient depuis quarante-deux ans un couple plus qu’uni. Complice. À Micheline qui vient de traverser de durs moments et vit une peine immense, à tous les enfants et petits-enfants, nous adressons notre tendresse et notre amitié. Il ne faut pas pleurer Claude. Il n’aimerait pas. À la tristesse de sa disparition, préférons une citation de Pierre Dac que Claude appréciait beaucoup : «La mort est un manque de savoir-vivre». Claude, pour la première fois depuis que nous nous connaissons, tu manques de savoir-vivre.

José Fort
L'Humanité, 27 novembre 2008


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Claude Lecomte, à droite lors d'une conférence
dans les Ardennes, le 30 juin 2006


Réactions

Patrick Le Hyaric a apporté à Micheline Lecomte le témoignage du «la tristesse et du chagrin» éprouvé à la nouvelle de la mort de Claude Lecomte, «un des piliers de l’Humanité», de ceux «qui ont contribué à faire vivre et rayonner l’Humanité et ses combats ».

«En retraite il a donné beaucoup de son temps pour aider de jeunes rédacteurs du journal tout en continuant à écrire sur de nombreux sujets, dont ceux ayant trait à Paris et la région capitale. Jusqu’à son hospitalisation, il a collaboré à la rubrique histoire de l’Humanité Dimanche. Sa patience, sa gentillesse, son ouverture d’esprit, ses connaissances étendues et sa simplicité m’ont toujours frappé. Du fond du coeur, nous disons à Claude, un simple mais fort : merci».

Jean Rabaté, ancien secrétaire général de l’Humanité, a «partagé plus d’un demi-siècle de luttes, de l’UJRF et l’Avant-Garde, à l’Huma et l’Huma-Dimanche. Avec Claude nous perdons un camarade fidèle, et les lecteurs de nos journaux un rédacteur de grand talent. Je partage profondément le chagrin de sa compagne Micheline et de leurs enfants».

Roland Leroy, ancien directeur de l’Humanité : «La disparition de Claude est d’abord une blessure vive, la perte d’un ami affectueux et sensible. C’est en même temps celle d’un journaliste talentueux et scrupuleux. C’est aussi celle d’un homme de conviction, courageux et ouvert aux autres. Pour de multiples raisons, elle est irréparable».

François Hilsum, ancien secrétaire général du MJCF et rédacteur en chef de l’Humanité Dimanche, évoque combien «Claude était pour (lui) comme un frère depuis une soixantaine d’années» : «Je l’ai vu arriver tout jeune et militer avec passion dans le 19e arrondissement de Paris (…). La fraternité et la fidélité à ses idéaux de jeunesse n’ont cessé de l’inspirer».

De nombreux messages d’émotion, de tristesse et de soutien à Micheline Lecomte et à sa famille nous sont parvenus hier, dont ceux de Claude Cabanes, Pierre Laurent, Marie-George Buffet et Robert Hue.


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mardi 26 août 2008

Dispartion de Guy Ducoloné (1920-2008)

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La mort de Guy Ducoloné


arton881711L'ancien résistant, député communiste et vice président de l’Assemblée nationale, avait présidé également l’association d’anciens déportés «Buchenwald Dora»

Guy Ducoloné résistant, déporté à Buchenwald, ancien vice-président de l’Assemblée nationale et membre du PCF depuis 1937, était chevalier de la Légion d’honneur.

Dans un communiqué, Marie-George Buffet écrit au nom du PCF que "Guy est parti avec ce courage et cette volonté que nous lui connaissions bien. Avec cet engagement qui fut le fil conducteur de sa vie. Un engagement qui depuis son adhésion aux Jeunes communistes et à notre parti avant la guerre ne s’est pas démenti. Un engagement qu’il partageait et ressourçait dans celui de Madeleine (Vincent, NDLR), son amour parti trop tôt".

Attaché au devoir de mémoire, il combattit sans cesse les relectures partielles de la vie dans les camps de concentration, défendant ainsi la mémoire de Marcel Paul lorsqu’il fut calomnié. "Un engagement qui avec son association «Buchenwald Dora» lui fit parcourir les écoles pour dire aux jeunes l’horreur du nazisme et l’honneur de la résistance. Un engagement qu’il ne concevait pas sans l’existence de son «Huma» qu’il a tenu à avoir jusqu’au dernier jour", écrit encore la secrétaire nationale du PCF.

Un engagement qui le fit entrer en résistance contre l’occupant nazi, après avoir adhéré au PCF en 1937. "Un engagement au service de la paix qui lui valut de retourner dans les geôles françaises après le procès des pigeons dans les années 1950. Un engagement qu’il déploya sans cesse dans sa chère ville d’Issy-les-Moulineaux dont il fut un élu local toujours disponible. Un engagement qui en fit un dirigeant national de notre parti et un député communiste, vice président de l’Assemblée nationale, respecté et admiré de tous. Un homme engagé et amoureux de la vie, Guy savait nous faire rire et nous redonner confiance", termine le communiqué.

"Un hommage au niveau des services qu’il a rendus à la France et aux hommes et aux femmes de progrès lui sera rendu dans quelques jours", assure le PCF.

L'Humanité, 26 août 2008

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fête de l'Humanité, 15 septembre 2007


Le courage tranquille de Guy Ducoloné


Diapositive1Il est mort hier à l’âge de quatre-vingt-huit ans. Résistant, dirigeant communiste, il fut un élu toujours attentif au sort des ouvriers et des salariés.

Guy Ducoloné, qui disparaît aujourd’hui à l’âge de quatre-vingt-huit ans, fut un homme à qui le XXe siècle, ses gloires et ses drames ont fourni un destin exceptionnel. Et surtout qui a su le saisir par conviction et courage. Une mère casseuse de noix saisonnière, un père ouvrier charpentier, Guy Ducoloné est né en 1920 dans un petit village du Lot-et-Garonne, Monsempron-Libos, où il a vécu l’enfance d’un fils d’ouvrier de l’époque. Quelques années plus tard, la famille «monte» à Paris et s’installe dans le 14e arrondissement. L’école jusqu’à douze ans, deux ans de cours complémentaire, l’apprentissage et un certificat d’aptitude professionnelle d’ajusteur en instrument de précision, Guy Ducoloné entre dans la vie active à quinze ans.

«J'ai eu la chance que ce soit dans ce bouillonnement profond dans le pays que fut le Front populaire, avec les avancées sociales qui permirent à mon père d’avoir pour la première fois quinze jours de congés payés, et à son fils, son apprentissage terminé, d’être embauché avec un contrat à durée indéterminée», indique-t-il. Il se souvient aussi qu’à treize ans il participe au cross de l’Humanité. Le lendemain, il ouvre le journal pour y lire les résultats, et ne cessera jamais de le lire depuis cette date. C’est donc tout naturellement qu’il adhère à la CGT à quinze ans, à la Jeunesse communiste puis au Parti communiste l’année suivante. Soixante-douze années de fidélité à un combat qui marquera, jusqu’à la fin, toute sa vie.

La fin des années trente, c’est l’enthousiasme du Front populaire durant lequel le jeune métallurgiste s’investit dans l’activité syndicale, c’est la solidarité avec l’Espagne républicaine, la lutte contre les «lâches accords de Munich»… Mobilisé en 1939, Guy Ducoloné s’échappe de sa caserne encerclée par les Allemands, regagne Paris et «entre en résistance». Responsable de la Jeunesse communiste, il participe à l’organisation de la manifestation parisienne des jeunes le 13 août 1941, puis à celle de la rue de Belleville. Au sein du Front national pour l’indépendance de la France, le jeune résistant participe à plusieurs opérations contre des installations allemandes.

C’est le 1er mai 1942 qu’il est arrêté. Sous la torture, il se tait, connaît les prisons de La Santé, Fresnes, Melun, Châlons-sur-Marne. Par deux fois, il tente de s’évader avec d’autres prisonniers. En 1944, de Compiègne, il est déporté à Buchenwald où il restera un an. Avec Marcel Paul, Guy Ducoloné participe à l’organisation de la résistance intérieure du camp au sein du Comité des intérêts français. Quand les troupes américaines entrent dans le camp en avril 1945, Guy Ducoloné fait partie des déportés qui, les armes à la main, les accueillent et leur remettent les SS qu’ils ont faits prisonniers.

En 1946, c’est le mariage avec Madeleine Vincent, ancienne déportée comme lui, militante et dirigeante nationale du Parti communiste. Une vie militante passionnée qu’ils partageront jusqu’au décès de Madeleine le 22 novembre 2005.

À la Libération, Guy Ducoloné a repris son activité militante. Secrétaire général de l’UJRF, l’organisation des jeunes communistes de 1950 à 1955, le jeune dirigeant est emprisonné en 1953 pour ce qu’on a appelé «le complot des pigeons», avec notamment Paul Laurent, Louis Baillot et André Stil. Il restera onze mois à Fresnes et l’affaire se terminera par un non-lieu pour tous les inculpés.

En 1950, il entre au Comité central du Parti communiste. Il en sera un des secrétaires auprès de Maurice Thorez. Sa vie politique sera surtout marquée par un engagement d’élu. Comme conseiller municipal de sa ville d’Issy-les-Moulineaux durant quinze ans, conseiller général pendant trente-cinq ans, député vingt-quatre années durant dans sa circonscription de la Seine puis des Hauts-de-Seine, celle d’Issy-les-Moulineaux, Vanves, Malakoff de 1964 à 1988. Il fut élu deux fois vice-président de l’Assemblée nationale. C’est «sur le terrain», dans la proximité, que le député conçoit son rôle d’élu. Il est surtout reconnu pour son inlassable défense des salariés dans les entreprises de la région parisienne, aux usines Renault Billancourt notamment, et sa participation aux combats pour sauvegarder l’emploi industriel.

Durant toutes ces années d’investissement politique absorbant et jusqu’à aujourd’hui, Guy Ducoloné ne lâchera jamais son engagement auprès de ses compagnons du monde de la déportation. Au sein de la Fédération nationale des déportés et internés, résistants et patriotes (FNDIRP), au sein de l’association française Buchenwald-Dora et Kommandos dont il assure la présidence, Guy Ducoloné consacre du temps à la reconnaissance et la défense des droits de ses camarades et à la pérennisation de la mémoire de la Résistance et de la déportation.

Jusqu’au bout, il témoignera notamment auprès des collégiens et des lycéens de ce que furent la Résistance et la déportation. «Nous pouvons être utiles par nos témoignages pour empêcher l’oubli de prendre le dessus, explique-t-il. Nous le pensons d’autant plus que notre tâche est encore inachevée. Les nostalgiques de la croix gammée existent toujours, quelle que soit l’image qu'ils portent. Ils voudraient bien sûr faire oublier ou pour le moins, dans le présent, banaliser la Résistance et la déportation. Ils voudraient contester l’élimination quasi totale des juifs arrêtés en tant que tels. Ils voudraient contester l’utilisation dans les usines de guerre nazies des femmes et des hommes de toute l’Europe arrêtés parce qu’hostiles à Hitler et à son régime. (…) Nous pouvons mettre en échec ces idées et menées séditieuses.»

Guy Ducoloné n’est pas seulement resté fidèle à ses idées : il est resté jusqu’au bout un combattant. Lors de la remise de ses insignes de commandeur de l’ordre national du Mérite en février 2006, Guy Ducoloné assurait : «Au camp, même dans le plus grand dénuement, nous pensions à ce demain que nous voulions construire meilleur pour tous. Je continue à y penser.»

Olivier Mayer
L'Humanité, 26 août 2008

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la dernière interview de Guy Ducoloné, L'Humanité, 23 avril 2008


« On n’imaginait pas l’horreur de l’extermination »


photobio_guy_ducolone_166090_MEntretien avec Guy Ducoloné, résistant, déporté, ancien président de l’association française Buchenwald-Dora et Kommandos.

Comment êtes-vous arrivé à Royallieu ?

Guy Ducoloné. J’étais à la direction clandestine de la Jeunesse communiste de Paris, chargé du recrutement pour l’OS, l’organisation spéciale. Ces premiers groupes devaient en principe constituer une armée d’opposition à la SS. J’ai été arrêté le 1er mai 1942 et condamné à cinq ans de réclusion pour présomption d’activité communiste. Je suis resté deux ans dans les prisons françaises, passant par la Santé, Fresnes, Melun puis Châlons-sur-Marne. Ensuite, j’ai atterri à Compiègne, fin avril 1944. De là, un convoi m’a mené à Buchenwald, le 12 mai 1944.

Comment se sont déroulées vos années de prison ?

Guy Ducoloné. À la prison centrale de Melun, il y avait de nombreux communistes. On était très mobilisés. Nous avions obtenu que tous les prisonniers politiques soient dans le même atelier. Des fois, on était brimés parce qu’on râlait très souvent. On avait chacun une cellule mais on ne faisait qu’y dormir. La journée, on travaillait.

Saviez-vous ce qu’était le camp de Royallieu ?

Guy Ducoloné. Oui, plus ou moins. En 1944, on connaissait l’existence des camps en Allemagne, mais sans imaginer l’horreur de l’extermination. De la prison de Châlons, nous sommes arrivés en train à Compiègne. Nous étions plusieurs centaines. Je me souviens des baraques affreuses en plein air. Mais la vie du camp était assez tranquille. Les Allemands tenaient à une certaine discipline. Pendant la journée, on pouvait sortir. Les seules obligations consistaient à faire le ménage et à faire à manger. Même si on ne mangeait pas bien, on n’a pas été brutalisés. Parfois, on jouait au volley-ball. On était entre nous. On sentait les restes de l’organisation qu’avait instaurée Georges Cogniot, le doyen du camp. Le fait que les Allemands tolèrent une certaine liberté a permis une organisation clandestine.

Comment peut-on expliquer cette «tolérance allemande» ?

Guy Ducoloné. Au début, c’était un camp d’internement. Le fait qu’il s’agisse d’un lieu de passage justifiait sans doute cette souplesse. Un certain nombre sont restés longtemps, les malades par exemple. La différence fondamentale avec des prisons, c’est qu’à Compiègne, on ne travaillait pas. Il n’y avait que les travaux intérieurs au camp. Beaucoup de Français ont été déportés de Compiègne fin 1943 début 1944. Les premiers départs vont vers Auschwitz. Le 6 juillet 1942, par exemple, c’est un convoi de politiques. 90 % étaient des otages communistes. À partir de 1943, les départs sont de plus en plus fréquents. C’est l’époque où les Allemands décident de faire la guerre totale et d’exploiter les prisonniers au maximum. À partir du 25 juin 1943, tous vont dans le camp de Buchenwald. J’ai quitté le camp de Royallieu le 12 mai 1944. En Allemagne, on savait que c’était plus dur, qu’on allait nous faire travailler mais on ne savait pas qu’on y mourait si facilement. Le voyage a duré deux jours et deux nuits, on n’avait rien à manger, ni à boire. Lorsqu’on est arrivés dans le camp, on a bu pendant des heures.

Entretien réalisé par I. D

- lien : intervention de Guy Ducoloné au nom de la FNDIRP, le 24 avril 2005

gd

- lien : Guy Ducoloné, un Français résistant témoigne (2007)

- lien : mémoire de résistants : site de l'Ina, 2002



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Guy Ducoloné : 14 mars 1920 - 25 août 2008

- le témoignage de Lysiane Alezard, sur son blog à la date du 26 août 2008

- réaction de Marie-Georges Buffet

- déclaration de l'ANECR

- le témoignage de Patrice Leclerc

- le témoignage de Nicole Borvo Cohen-Seat

- un homme qui méritait le respect : le témoignage de Roger Faynzylberg

- une déclaration d'Alain Bocquet

- le témoignage de Paul Boré

- site consacré à la ville de Vanves

- hommage à Guy Ducoloné, par Fabien Thiémé sur son site

- réaction d'Olivier Dartigolles, sur son blog

- témoignage de Patrick Alexanian, sur son blog

- porteur de travail de mémoire, Guy Ducoloné est décédé, par Laurent Pieuchot


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Guy Ducoloné était né à Monsempron-Libos dans le département du Lot-et-Garonne  

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Guy Ducoloné, est devenu député de la Seine en 1964, puis des Hauts-de-Seine de 1967 à 1988 dans la circonscription qui comprend la ville d'Issy-les-Moulineaux dont il fut un élu local.
Il a été vice-président de l'Assemblée nationale (1976-1977 et 1981-1986), et conseiller régional d'Ile-de-France de 1981 à 1986.

- lien : fiche bibliographie, université de Bourgogne

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Guy Ducoloné en août 1971

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vendredi 15 février 2008

Arthur Buchmann (1924-2008)

Buchmann_portrait
André Buchmann (1924-2008) 


Arthur Buchmann


Arthur Buchmann, qui fut membre du bureau de l'Amicale des vétérans, a été inhumé le 7 janvier 2008. Un hommage ému lui a été rendu par le secrétaire de la Fédération de la Moselle et par Robert Tirlicien, membre de notre bureau national.

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Buchmann_portrait"Secrétaire de la Fédération de la Moselle du PCF et membre du Comité central du PCF de 1964 à 1988, Arthur Buchmann est mort à quatre-vingt-trois ans.

Dès 1938, il avait participé avec son père à la collecte de vivres, de vêtements et de médicaments en faveur des républicains espagnols, dans leur ville Hagondange, dirigée par les communistes.

Autre expérience marquante, l'Occupation, particulièrement éprouvante dans l'Alsace-Lorraine annexée.

Élu délégué CGT dès 1946, il devint secrétaire général de l'union départementale en 1953, qu'il dirigea jusqu'en 1964, après avoir assumé des responsabilités dans les instances nationales de la Fédération des Métaux.

Militant du PCF depuis 1945, il devint responsable départemental en 1964 et accueillit dans la fédération Marcel Servin, dirigeant national «renvoyé à la base», avec Laurent Casanova, et travailla en étroite collaboration avec lui.

Il représenta le PCF - vingt-trois ans membre de sa direction nationale, il appartint également à sa Commission de contrôle politique jusqu’en 1987 - lors de nombreuses élections et incarna une des figures les plus marquantes du «communisme syndical» en Lorraine. Il joua un rôle important dans les combats contre la casse industrielle ou les fermetures des mines de charbon ou de fer."

bulletin n° 44
et Humanité du 8 janvier 2008

acieries_Hagondange
aciéries d'Hagondange avant 1970

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Buchmann___Ansart
Arthur Buchmann en discussion ; à sa droite, De Pietri ; à sa gauche Dujoff
et au fond, Gustave Ansart (1923-1990)


Buchmann_groupe_Poperen
Jean-Claude Bour, Arthur Buchmann, Claude Poperen, alors membre du BP, et R. Guyot


Buchmann_tribune_Lajoinie_Marchais
de gauche à droite, Arthur Buchmann, André Lajoinie, Cassoni et Georges Marchais


au_bureau
au bureau : Jean-Claude Bour et Arthur Buchmann



minekraemer15
ligne ferroviaire entre la Mine Kraemer à Volmerange-les-Mines
(Moselle) et l'Usine de Dudelange (Luxembourg)
(photo collection : Emile Kreins) (source)


- merci à Robert Tirlicien qui nous a envoyé les photos d'Arthur Buchmann (cliquer sur les images pour les agrandir)

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jeudi 14 février 2008

Louis Baillot (1924-2007)

Louis_Baillot_micro


Louis Baillot

Louis Baillot
né le 11 mai 1924
décédé le 8 mai 2007


message de Marie-George Buffet

C’est avec une grande tristesse que nous venons d’apprendre la disparition de Louis Baillot, le président de notre amicale des vétérans. Louis était un enfant de la Butte, de Montmartre dont il connaissait tous les recoins, de ce Paris populaire et rebelle qu’il aimait tant.
Il fut de ces jeunes hommes engagés au Parti communiste dans le magnifique élan de la Libération et de la Résistance. Comme tant d’autres, il portait l’espérance d’une époque où tout paraissait possible, y compris bien sûr de transformer le monde. Il avait donc le choix d’une vie : l’engagement. L’engagement pour les autres, l’engagement pour un monde plus juste, plus libre, plus solidaire.
Jeune et brillant ingénieur, militant reconnu à l’Union de la jeunesse républicaine de France, il fut rapidement confronté à la violence de la guerre froide. L’après-guerre, on l’oublie souvent, fut aussi l’époque d’une féroce lutte anticommuniste. Louis en paya le prix : on le proscrit de son travail. On l’emprisonna, aussi, aux côtés notamment de Paul Laurent, de Guy Ducoloné.
Sa carrière professionnelle dans l’industrie aéronautique était brisée. Louis consacra alors sa vie et son intelligence aux combats du Parti communiste français.
Toujours, dans la large palette de ses activités, il fut un militant attentif aux autres et respecté.
Son Parti, il en fut longtemps un dirigeant, au sein du comité central et à la direction des commissions de la défense et de la sécurité. Il le représenta aussi à Bruxelles, en tant que député européen. Tous ceux qui l’ont connu savent combien il vivait nos débats et nos combats, nos espoirs et nos doutes au plus profond de lui-même.
Sa grande autorité morale, sa profonde gentillesse, ses qualités d’écoute en firent ainsi un très bel élu du peuple. Louis représenta parfaitement son arrondissement, les hommes et les femmes de son quartier dont il avait l’estime, pendant toutes ces années où il fut conseiller de Paris et député.
Toute sa vie, il l’a consacrée aux autres. Toute sa vie, il l’a vouée à notre parti. Aussi, tout naturellement, avec le même dévouement qu’il montrait dans ses premières années à la jeunesse communiste, il défendait ces dernières années ses idées, nos idées, en tant que président de l’amicale des vétérans.
C’est là qu’il livra ses derniers combats, jusqu’à son dernier souffle, hier.
C’est là, avec toujours sa même bonté légendaire, qu’il livra ces derniers efforts pour faire vivre le Parti communiste, et avec lui l’idée qu’il est possible de bâtir un monde meilleur.
Je pense aujourd’hui évidemment à tout ce qu’il nous a apporté. Je pense à sa femme, Yvette, à ses enfants Marie-Paule et Françoise, à ses petits-enfants Claire, Aurore, Bastien et Florian, à qui je veux adresser mes plus sincères condoléances.

Marie-George Buffet,
secrétaire nationale du PCF
Paris, le 9 mai 2007

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une vie pour la justice et pour la paix

Décès de Louis Baillot, combattant contre les guerres coloniales, longtemps élu parisien. Il était depuis 1989 dirigeant de l’Amicale des vétérans du PCF.

Louis_Baillot

On le savait gravement malade depuis son opération de l’intestin. Mais nous espérions encore et nous apprêtions à lui manifester notre amitié à l’occasion de la réunion du bureau national de cette amicale des vétérans qu’il présidait depuis si longtemps. Un président grâce auquel, même dans les moments les plus difficiles de la vie de ce Parti communiste, il y eut toujours possibilité d’échanges fraternels, de dialogue ouvert. Louis est décédé hier après-midi à l’âge de quatre-vingt-trois ans.

Il était né le 11 mai 1924 dans ce Montmartre populaire, à deux pas de la butte, rue de l’Abreuvoir où il demeurait toujours, dans l’ancienne épicerie-buvette de son père, ancien combattant de la guerre de 14 et lecteur de l’Humanité. Il fait de brillantes études au lycée Colbert avant de décrocher son diplôme d’ingénieur aux Arts et Métiers puis à l’École nationale supérieure des moteurs. Il entre en 1947 à l’ONERA (Office national d’études et de recherches aéronautiques), l’ancêtre de l’Aérosopatiale. Il restera lié à ses anciens camarades d’études et de travail et il savait renoncer à toute réunion quand se tenait le banquet des anciens élèves.

Secrétaire de la fédération de la Seine de l’UJRF (Union de la jeunesse républicaine de France constituée après la Libération et qui devait redonner naissance à la Jeunesse communiste en 1956), il poursuivait sa carrière professionnelle et passait chaque soir à la fédération, 20, rue du Mail, où Paul Laurent et Lucien Germa le mettaient au courant des événements de la journée. Au cours de la journée mondiale anticolonialiste du 21 février 1949, il participe à un meeting à la Mutualité, envahie par des groupes fascistes. Il y est blessé et y perd un oeil. Il est licencié de l’ONERA et ne retrouve pas de travail.

C’est lui qui dirigea sur les grands boulevards parisiens la première manifestation de rue contre la guerre d’Indochine. En 1953, autre manifestation contre la venue à Paris du général américain Ridgway. La répression est vive. Jacques Duclos est arrêté le soir même par des policiers qui baptisent pigeons voyageurs deux volatiles remis à Jacques par un ami pour les mettre à la broche. Un juge d’instruction croit tenir l’affaire de sa vie, il fait arrêter et inculpe André Stil, rédacteur en chef de l’Humanité, Alain Le Leap, co-secrétaire général de la CGT, et des dirigeants de la jeunesse : Baillot, Laurent, Meunier, Ducoloné…

Entre-temps, de sa prison, il mène campagne pour les élections municipales dans son 18e. Il est élu et le restera plus de vingt-cinq ans, comme en témoigne la plaque dédiée aux élus parisiens pendant plus d’un quart de siècle dans le couloir proche de la salle des séances du Conseil de Paris. Il assume des responsabilités importantes à la fédération de la Seine puis de Paris du PCF. En 1955, il épouse Yvette Cabrejas dont il a deux filles.

En 1961, il entre au Comité central du PCF. Il s’y occupe particulièrement des questions de l’armée et de la police. Il noue des relations de travail avec des généraux de l’état-major et, convaincu par eux de la nécessité d’une défense nationale intégrant l’arme atomique, il amène la direction du Parti à épouser cette thèse. Dans les milieux de la police, il défend l’idée d’une police républicaine, au service des citoyens, édite un bulletin d’information favorablement accueilli. Il est l’auteur, avec Jean Chaunac, syndicaliste de la police, d’un livre sur les problèmes de sécurité, Vivre dans la peur, paru aux Éditions sociales.

En 1979, il est élu député européen et sera aussi assidu à Strasbourg qu’à l’Hôtel de Ville de Paris ou au Palais Bourbon. Dans les années soixante-quinze, il est membre de la direction collective de France-URSS. Depuis 1989, il était actif à l’Amicale des vétérans du PCF dont il devait devenir le président. À ce titre il a participé à de nombreuses réunions en province, il a animé un colloque de deux journées sur la lutte clandestine des communistes au sein de l’armée contre la guerre d’Algérie. Convaincu de la nécessité de faire connaître l’histoire des luttes menées par ce parti, il militait sans relâche pour que les vétérans participent aux activités actuelles du PCF mais aussi pour qu’ils témoignent des engagements passés. Pour ses activités d’élu, il avait reçu la Légion d’honneur et la médaille d’or de la Ville de Paris.

Louis était un ami fidèle toujours très préoccupé de la santé de chacun et de leurs proches. Nous gardons au coeur l’image si souvent souriante de son accueil dans le petit bureau du rez-de-chaussée de la place du Colonel-Fabien. À Yvette, à tous ses proches vont nos affectueuses pensées, en partageant leur peine.

* Un hommage officiel sera rendu à Louis Baillot, samedi 12 mai à 10 heures au siège national du PCF, 2, place du Colonel-Fabien (Paris XIXe). Marie-George Buffet, secrétaire nationale prendra la parole. Chacun pourra se recueillir dès 9 heures devant le cercueil de Louis Baillot.

             

Claude Lecomte
l'Humanité, 10 mai 2007

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témoignage de Daniel Gilles

Louis_Baillot_microJ'ai appris avec une grande tristesse, hier soir, le décès de Louis Baillot, le Président de l'amicale des vétérans du Parti Communiste Français.
Je savais qu'à 82 ans, Louis se battait, Armand Guillemot qui participait régulièrement au bureau de l'amicale pour la Bretagne, m'avait alerté récemment sur son état de santé mais je n'imaginais pas une néfaste issue si rapide.
La dernière fois que j'avais rencontré Louis, je l'avais interrogé sur sa silhouette de jeune homme qu'il avait repris, lui qu'on avait coutume de voir rond. Il m'avait souri et dit «mon corps change» et de me rassurer avec bonhomie, et de relancer la conversation sur «les évolutions de la situation».
J'ai le souvenir de ses conseils de ses avis de ses éléments de connaissance lorsqu'il «suivait» la fédération du Morbihan du PCF durant 9 années de 84 à 93. J'avais eu l'occasion, lors d'un congrès départemental de l'en remercier chaleureusement et, au nom des camarades et amis du Morbihan, il m'avait aidé à assumer les fonctions de 1er secrétaire, puis de membre du Conseil National.
Il est revenu souvent pour l'amicale des vétérans dans notre département à l'invitation d'Armand Guillemot et Roger Le Hyaric.
J'avais eu aussi pendant quelques années la lourde tâche de lui succéder comme animateur de la Commission «défense nationale et problèmes d'armements» du PCF, là encore il m'avait transmis avec bienveillance beaucoup de connaissances et m’avait aidé et accompagné pour mieux appréhender et connaître les problématiques et les acteurs d'un secteur à la fois particulier et essentiel.
Nous n'avions pas évidemment sur toutes les questions le même regard, sans doute l'écart générationnel et des itinéraires différents, mais est-ce notre formation commune d’ingénieur - avec 27 ans d'écart -, notre vécu des quartiers populaires de Paris, les responsabilité d'élu, (Louis a été longtemps élu de Paris et député européen) mais nous étions souvent d'accord pour avoir en tête :
- la nécessité de l'unité des communistes, et de tous ceux qui refusent l'exploitation et la domination ;
- la nécessité du travail d'élaboration, nous avions ensemble l'exigence des analyses et rapports structurés ;
- la rigueur sur une opposition résolue et radicale à la politique de la droite et des forces d'argent et l'idée de l'union nécessaire des progressistes ici et dans le monde.

Daniel Gilles

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à Louis Baillot

Un hommage national a été rendu, comme il se doit, à notre camarade Louis Baillot, président de l'Amicale des vétérans lors de son décès en mai 2007.

Néanmoins, je voudrais dire ici la peine que j'ai ressentie lors de sa disparition et montrer l'homme véritable qu'il était. Car j'ai eu la chance de connaître Louis, il était devenu un ami. Il était toujours disponible, prêt à conseiller et aider ses camarades.

Lorsque j'ai entrepris des recherches sur la résistance communiste à l'envahisseur nazi, Louis m'a encouragé à écrire sur le sujet ! C'est ainsi qu'est née La résistance communiste en France, 1940-1944.
Cela n'a pu être possible que grâce à l'aide de Louis Baillot. Il m'a ouvert les portes de l'Amicale des vétérans, me permettant de prendre contact avec les responsables départementaux et, par là, les anciens résistants communistes. Je profite de la Lettre pour remercier vivement tous ces camarades.

C'est aussi Louis qui m'a facilité l'accès aux archives du Parti clandestin.

Enfin, il a eu la gentillesse de me faire l'honneur de préfacer l'ouvrage. Voilà l'homme communiste qu'était Louis Baillot, cela bien entendu dans un désintéressement total. C'est aussi pourquoi les droits d'auteur de l'ouvrage sont versés au PCF, en fonction des aides apportées ici ou là !

Pierre_MauryPierre Maury
Lettre aux vétérans, bulletin de l'Amicale n° 43, octobre 2007


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- hommage de Claude Lecomte à Louis Baillot (autre édition)

 

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rue de l'Abreuvoir dans le XVIIIe arrondissement de Paris (années 1970 ?)
Louis Baillot était né dans cette rue en 1924


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Louis Baillot (1924-2007)


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