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Disparition de Georges Valbon,

résistant et bâtisseur


Fils d’immigrés italiens, il participa à la libération du territoire, aux portes de Paris, qui devint la Seine Saint-Denis, et dont il fut le premier président. Il est mort samedi dans sa quatre-vingt-cinquième année.

Il était une figure du communisme en Seine-Saint-Denis, qu’il a parcourue toute au long de sa vie de militant, du Bagnolet des années de jeunesse à Bobigny, où il a présidé le Conseil général dès 1968 à la création du département, jusqu’en 1993. La mort de Georges Valbon, samedi, a suscité une vive émotion dans le 93. Il fut parmi les plus importants artisans des réalisations sociales et culturelles audacieuses qui firent la fierté des collectivités gérée par les communistes.

On ne peut réduire le rôle de Georges Valbon aux limites géographiques du territoire séquano-dyonisien, mais il incarnait à lui seul plusieurs caractéristiques de cette banlieue ouvrière depuis les années trente, où l’on travaillait dur, et où l’on se battait dur contre les patrons. Dans le combat de classe se forgeait la solidarité avec les travailleurs immigrés fuyant la misère, les persécutions antisémites, le fascisme ou le franquisme.

Georges Valbon est fils d’immigrés italiens. Son père Pie-Julien Valbon, a quitté le val d’Aoste où vient de triompher Mussolini. Après un court séjour à Lunery (Cher), lieu de naissance de Georges en 1924, la famille s’installe à Bagnolet.. Sa mère Cécile est couturière et Pie-Julien se fixe comme plombier couvreur.

Bon élève, le jeune homme obtient son certificat d’études primaires avec mention très bien. Il passe ensuite le concours de l’école Chaix où pendant quatre ans il apprendra le métier de typographe. Avec l’occupation nazie, l’adolescent est rattrapé par le fascisme que ses parents ont fui. Il est encore élève typographe, quand il imprime ses premiers tracts antinazis sur les presses de l’école.

Réfractaire au STO, il devient clandestin. En juillet 1944, lieutenant FTP il commande un groupe armé à Bagnolet, participe à la libération de la mairie des Lilas, puis de Montreuil, des forts de Rosny et de Romainville. Il combat les Allemands place de la République à Paris. Engagé volontaire en septembre 1944, il quitte l’armée en 1946 en refusant d’aller faire la guerre colonial en Indochine.

« Ce n’est pas, expliquait Georges Valbon, parce que des hommes,
des femmes, des enfants sont nés pauvres qu’ils doivent avoir
un enseignement au rabais. »

Dans le pays à reconstruire, Georges Valbon sera l’un des bâtisseurs de cette partie du département de la Seine, où il a combattu les armes à la main. À Bagnolet, d’abord, où il devient secrétaire de la section du parti communiste puis il occupe des responsabilité dans la fédération Seine-Nord-est. Jean-Claude Lefort, député honoraire du Val de Marne, et lui même originaire de Bagnolet, se souvient : «mes parents étaient les gardiens de la section, c’est là que je suis né. Georges n’a plus quitté notre vie depuis ces terps pourtant lointains». «C’était un homme d’une immense culture. Il a côtoyé les «grands» avec autant de bonheur que «les simples gens».

Ce goût de la culture, cet amour de la musique ne furent pas un violon d’Ingres cultivé dans le jardin secret de l’homme politique. L’ambition, révolutionnaire, des communistes de faire de la culture un bien commun a profondément marqué la gestion des communes puis du département par les communistes. Dès 1970, la Seine-Saint-Denis comptait une trentaine de conservatoires. La culture n’est pas un luxe, pas davantage qu’elle ne doit rester l’apanage des classes favorisées. Cette politique qui fait de l’accès aux activités culturelles une priorité recueille l’adhésion de la population.

À Bobigny, dont Georges Valbon est maire de 1965 à 1996, la fréquentation du conservatoire de musique passe de 300 jeunes en 1971 à 1600 cinq ans plus tard. «Ce n’est pas, expliquera Georges Valbon, parce que des hommes, des femmes, des enfants sont nés pauvres, de par la responsabilité des riches qu’ils doivent avoir en enseignement au rabais. Notre conservatoire est un instrument de qualité, de lutte contre l’inégalité».

Ce qui vaut pour le droit des travailleurs à la musique, l’est tout autant pour les autres facettes du champ culturel. La Seine-Saint-Denis doit à cette gestion émancipatrice, le nombre de ses cinémas municipaux, de ces théâtres, du dynamisme de la création artistiques que tant d’habitants de la capitale découvrent dans le «9.3»

Tout en continuant d’exercer des responsabilités au plan national dans les instances du PCF, Georges Valbon ne sacrifia qu’une parenthèse de sa vie militante hors de son département. En 1982, après la victoire de François Mitterrand et la formation pour la première fois depuis 1947 d’un gouvernement à participation communiste, il accepta de quitter la présidence du département pour devenir président des Charbonnages de France à la demande du nouveau gouvernement. Le militant, habité par le sens de l’intérêt général, ne pouvait se dérober.

Mais un an et demi plus tard, ne voulant servir de caution à une politique s’éloignant des objectifs de 1981, Georges Valbon prenait ses responsabilité en démissionnant, neuf mois avant que les ministres communistes fassent de même en juillet 1984… Et revenait à Bobigny.

Jean-Paul Piérot
L'Humanité
, 20 juillet 2009

- une vidéo Ina sur Georges Valbon

 

Georges Valbon (1)
Georges Valbon, jeune

 

Georges Valbon 1971
Georges Valbon, 1970-1971

 

Georges Valbon (2)
Georges Valbon

 

Georges Valbon (3)
Georges Valbon

 

 
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