samedi 29 novembre 2008

Guta Lissner (1911-2008)

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Guta Lissner, une longue vie militante

Née à Lodz dans une famille juive de Pologne, Guta Lissner est décédée à l’âge de quatre-vingt-dix-sept ans le 1er novembre dernier à Montpellier, où se sont déroulées ses obsèques. Fichée comme militante communiste dès l’âge de seize ans, Guta avait émigré à Paris à l’âge de dix-huit ans. Trouvant du travail comme couturière à Belleville, elle adhérait au PCF dont elle a partagé nombre de combats en en restant membre jusqu’à son décès.

Agent de liaison dans la Résistance, elle participe aux combats de la MOI tandis que plusieurs membres de sa famille meurent en déportation. Une cérémonie aura lieu en son hommage dimanche 30 novembre à 11 heures, 14, rue de Paradis à Paris 10e, siège de la Commission centrale pour l’enfance et de l’Union des juifs pour la résistance et l’entraide.

L'Humanité, 28 novembre 2008

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faire-part paru dans Le Monde (26 novembre 2008)

Solange, sa fille
Léa, Muriel
et leurs époux,
ses amis
ont la tristesse de faire part du décès de
Guta LISSNER
née KOZLOWSKA
survenu le 1er novembre 2008, à l'âge de quatre-vingt-dix-sept ans.
Militante communiste, elle connut la prison en Pologne, l'immigration illégale dans la France des années 30 et l'occupation nazie.
Juive, elle refusa de porter l'étoile jaune et s'engagea dans la Résistance (FTP-MOI).
Nous lui rendrons hommage, dimanche 30 novembre, à 11 heures, à l'UJRE, 14 rue de Paradis, Paris 10e.

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Guta Lissner était née à Lodz, en Pologne

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Guta Lissner fut couturière à Belleville (Paris)

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Belleville avant 1914 ; Guta Lissner y arriva à la fin des années 1920


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Belleville, avant 1914.. mais cela n'avait guère changé 10 ou 15 ans plus tard...


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chambre d'une ouvrière à Belleville en 1910


Guta Lissner participa aux combats de la MOI (main d'oeuvre immigrée), dans la Résistance

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vendredi 28 novembre 2008

Claude Lecomte est décédé

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Claude Lecomte est décédé

De la guerre d’Algérie à l’Humanité et l’Humanité Dimanche, portrait d’un inlassable rebelle.

Claude Lecomte, notre ami, notre camarade, mon frère, est décédé mercredi [26 novembre] à Paris à l’âge de soixante-dix-sept ans des suites d’un cancer. Claude a participé au fil des quarante dernières années au rayonnement de l’Humanité et de l’Humanité Dimanche. Quant à son engagement communiste, il ne s’est jamais démenti. Mais je préfère d’abord évoquer le copain véritable, celui que l’on compte sur les doigts d’une seule main.

Jean Ferrat l’appelait «mon petit Claude». Nous étions quelques-uns à le surnommer «Claudius». Rien à voir avec le consul romain. Lui était un être cher auprès de qui nous trouvions conseil et réconfort, le sens de la mesure et l’éclat maîtrisé.

Sa gargantuesque bibliothèque, ses relations dans le monde littéraire, politique et artistique, son acharnement au travail ne suffisent pas à expliquer sa grande culture : une bonne part provenait de son expérience militante commencée à l’Union de la jeunesse républicaine de France, de ses voyages, de sa passion pour la musique et la peinture, l’art tout simplement, celui que l’on dit «classique» comme celui de la rue. Il ratait rarement une exposition, un bon spectacle, un bon film et connaissait la moindre ruelle de la capitale. Avec Micheline, sa femme, il aimait sentir vibrer Paris.

Avec Claude, la convivialité était une règle de vie. Son attachement à son journal et à son parti aussi. Ce qui ne l’empêchait pas de s’opposer à des orientations qu’il ne partageait pas. Il n’imposait jamais, préférant le débat et la persuasion. Il était force de proposition. Et de franche rigolade. La mise en scène un soir de «marbre» à l’Huma d’une fausse grève générale à la SNCF, entraînant le «rédacteur en chef» de service, Okba Lamrani, à provoquer le retour précipité de la hiérarchie, restera dans les annales du journal. Le réveil du lendemain fut plutôt rude.

Claude était un rebelle. D’abord contre le colonialisme. Il avait été l’un des rédacteurs du journal communiste adressé aux jeunes du contingent pendant la guerre française en Algérie. Premières armes à Avant-Garde, premières actions contre la guerre avec en prime de longs mois de prison. «La tôle pour des raisons politiques, ça forme un homme», disait-il. Combien furent grands son plaisir et son émotion lorsque, bien plus tard, il retrouva Alger.

Dans les années 1960, le PCF, prenant en compte les évolutions dans la jeunesse, décidait la publication du magazine Nous les garçons et les filles. C’était l’époque «yé-yé», la fin de la guerre d’Algérie, des modes nouvelles. NGF, comme on disait, mêlant musique et politique, découverte et solidarité, action et détente, fut un vrai succès d’édition avec des pointes de vente à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires. Claude en était le rédacteur en chef adjoint auprès de Robert Lechêne.

Autour d’eux, une joyeuse bande réunissait des jeunes journalistes comme Claude Kroës et Claude Angeli, des photographes comme Jean Texier et Gérald Bloncourt. C’était l’époque où Claudius fréquentait Jacques Brel, Georges Brassens, accompagnait Jean Ferrat à Cuba. Puis vint le temps de l’Humanité Dimanche avec André Carrel. Les nuits de bouclage, sur une terrasse du dernier étage de la rue du Faubourg-Poissonnière, ce fin gourmet et excellent cuisinier faisait «simple» en enfumant le quartier avec ses soirées merguez. Les bégueules n’appréciaient guère. Pas ceux qui une fois le travail ficelé savaient boire un bon coup et rigoler jusque tard dans la nuit en refaisant le monde.

Claude affirmait que les pisse-froid dans ce métier ne font jamais des étincelles. «Retravaille ton papier, il n’est pas bon», me dit-il un jour. J’étais à Buenos Aires en pleine guerre des Malouines, lui à Paris à la rédaction en chef de l’Humanité Dimanche. Claude savait aussi remettre les pendules à l’heure. Ancien chef du service «infos générales», il revient à la quotidienne comme chef du service politique à la demande de Roland Leroy qui, il y a peu, fut un des derniers à lui rendre visite avec sa femme Danièle.

Tous ceux qui ont travaillé avec Claude conservent un souvenir chaleureux de l’homme, du journaliste. «Nous n’imaginions pas qu’à l’Humanité on savait mêler autant de sérieux et de bonne humeur», lui lança un jour un officier de l’école de guerre en visite au journal. Quelques mois plus tôt, lors des journées parlementaires du RPR à Bordeaux, Claude était assis à la droite de Mme de Rothschild. Celle-ci lança à Charles Pasqua : «Charles, je viens de dîner en compagnie d’un journaliste de l’Humanité. Un moment très amusant». Et l’ancien ministre de l’Intérieur de répliquer : «Madame, méfiez-vous, les communistes souriants sont les plus dangereux».

Après la retraite et jusqu’à la fin de sa vie, Claude n’a jamais cessé d’écrire. Les lecteurs de l’Humanité et de l’Humanité Dimanche ont pu lire encore récemment ses «papiers» sur la guerre d’Algérie, Charonne, la Constitution de 1958, l’action contre le général nazi Speidel, des critiques de livres… Il était aussi l’auteur de plusieurs ouvrages sur l’affaire du Rainbow Warrior, le Pas-de-Calais, les jeunes du contingent en Algérie, la Chorale de Paris…

Il animait le comité de rédaction de Vie nouvelle, le magazine des retraités de la CGT. Il était aussi membre du Bureau national des vétérans du PCF. Avec sa femme Micheline, la fille de Georges Frischman, ancien dirigeant de la CGT et du PCF, ils formaient depuis quarante-deux ans un couple plus qu’uni. Complice. À Micheline qui vient de traverser de durs moments et vit une peine immense, à tous les enfants et petits-enfants, nous adressons notre tendresse et notre amitié. Il ne faut pas pleurer Claude. Il n’aimerait pas. À la tristesse de sa disparition, préférons une citation de Pierre Dac que Claude appréciait beaucoup : «La mort est un manque de savoir-vivre». Claude, pour la première fois depuis que nous nous connaissons, tu manques de savoir-vivre.

José Fort
L'Humanité, 27 novembre 2008


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Claude Lecomte, à droite lors d'une conférence
dans les Ardennes, le 30 juin 2006


Réactions

Patrick Le Hyaric a apporté à Micheline Lecomte le témoignage du «la tristesse et du chagrin» éprouvé à la nouvelle de la mort de Claude Lecomte, «un des piliers de l’Humanité», de ceux «qui ont contribué à faire vivre et rayonner l’Humanité et ses combats ».

«En retraite il a donné beaucoup de son temps pour aider de jeunes rédacteurs du journal tout en continuant à écrire sur de nombreux sujets, dont ceux ayant trait à Paris et la région capitale. Jusqu’à son hospitalisation, il a collaboré à la rubrique histoire de l’Humanité Dimanche. Sa patience, sa gentillesse, son ouverture d’esprit, ses connaissances étendues et sa simplicité m’ont toujours frappé. Du fond du coeur, nous disons à Claude, un simple mais fort : merci».

Jean Rabaté, ancien secrétaire général de l’Humanité, a «partagé plus d’un demi-siècle de luttes, de l’UJRF et l’Avant-Garde, à l’Huma et l’Huma-Dimanche. Avec Claude nous perdons un camarade fidèle, et les lecteurs de nos journaux un rédacteur de grand talent. Je partage profondément le chagrin de sa compagne Micheline et de leurs enfants».

Roland Leroy, ancien directeur de l’Humanité : «La disparition de Claude est d’abord une blessure vive, la perte d’un ami affectueux et sensible. C’est en même temps celle d’un journaliste talentueux et scrupuleux. C’est aussi celle d’un homme de conviction, courageux et ouvert aux autres. Pour de multiples raisons, elle est irréparable».

François Hilsum, ancien secrétaire général du MJCF et rédacteur en chef de l’Humanité Dimanche, évoque combien «Claude était pour (lui) comme un frère depuis une soixantaine d’années» : «Je l’ai vu arriver tout jeune et militer avec passion dans le 19e arrondissement de Paris (…). La fraternité et la fidélité à ses idéaux de jeunesse n’ont cessé de l’inspirer».

De nombreux messages d’émotion, de tristesse et de soutien à Micheline Lecomte et à sa famille nous sont parvenus hier, dont ceux de Claude Cabanes, Pierre Laurent, Marie-George Buffet et Robert Hue.


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dimanche 9 novembre 2008

hommage à Gabriel Lejard

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hommage à Gabriel Lejard (1901-1988)


dimanche 9 novembre 2008

AMICALE DES VÉTÉRANS DU PCF
L'amicale des vétérans du Parti communiste du département de la Côte d'Or a rendu public le texte suivant  : «Le 15 novembre, à 15 heures, au cimetière de Barges, un hommage sera rendu à Gabriel Lejard, décédé il y a 20 ans.
Ceux qui ont connu Gaby gardent en mémoire l'exemple d'une fidélité sans faille à des idéaux qui l'auront guidé durant toute sa vie. Dès 1918 (à 17 ans), il participe à des grèves à Lyon, puis à Alger où il est parti travailler et où il prend conscience de la réalité coloniale. (...) En 1934, il devient secrétaire adjoint du syndicat CGTU de la métallurgie dijonnaise et, en 35, adhère au Parti communiste. Il s'investit entièrement dans le syndicalisme, la lutte antifasciste, la défense des acquis du Front populaire…

En 1940, démobilisé, il adhère aux groupes clandestins (...) En 1941, il est arrêté par les Allemands et transféré au camp de Royallieu, à Compiègne. Puis, ce fut l'horreur des camps : Auschwitz, Birkenau, Sachsen-Hausen, les mines de sel de Kochendorf, puis Dachau, après une marche forcée de 270 km. Cette histoire exceptionnelle fut d'autant plus douloureuse que sa fille Jeanine, résistante elle aussi, devait trouver la mort en 1945 au camp de Ravensbruck. Après la libération du camp de Dachau, Gabriel reprend ses activités à la CGT (...) et au Parti communiste.(...) Gabriel Lejard fut fait officier de la Légion d'honneur en 1983.
Le samedi 15 novembre, au cimetière de Barges, nous rendrons hommage à Gabriel Lejard, qui était de ceux qui ont consacré leur vie pour défendre leur classe, leur pays, leurs enfants».

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Quelques précisions sur Gabriel LEJARD («Gaby») 45772


Il naît le 5 juillet 1901 à Barges (Côte-d’Or - 21) d’un couple de libres penseurs.
Sa mère est bonne à tout faire. Son père, employé à la Compagnie PLM, a les deux jambes sectionnées dans un accident du travail et devient épicier à Barges. Il est élu conseiller municipal de cette commune sur la liste socialiste sans adhérer au parti. Ils ont trois fils dont l’un est tué pendant la Première Guerre mondiale.

Après avoir été élève de l’école primaire, Gabriel Lejard entre en 1913 à l’école pratique de Dijon, mais en est retiré dès 1916. Ajusteur à Dijon, puis, en 1917, à Lyon, il fréquente un milieu révolutionnaire composé de nombreux “affectés spéciaux” parisiens (période de guerre). En février 1918, il adhère aux Jeunesses socialistes et à la CGT. Rapidement, il est déçu par les JS et adhère au groupe libertaire. À cette époque, il accumule les lectures, celles en particulier des journaux, tel La Vague. Au début de 1918, à Lyon, il participe aux grèves contre la guerre. Après l’armistice, il milite activement dans le courant syndicaliste révolutionnaire pour l’adhésion à la IIIe Internationale.

En août 1919, Gabriel Lejard part travailler à Alger où il prend conscience de la réalité coloniale. Membre du bureau du syndicat des Métaux d’Alger, il prend part à une grève des métaux en mars-avril 1920, passe en correctionnelle et est rapatrié en France après huit mois de présence.

De retour à Lyon, il participe à la grève générale de mai 1920, et est alors licencié de l’usine d’automobiles Rochet-Schneider où il travaille.

En novembre 1920 , il revient à Dijon et est embauché à la fabrique de motocyclettes Terrot.
Au moment de son arrestation il est domicilié au 10, rue du Creux d’Enfer à Dijon.
Soldat en 1921, il est changé sept fois de régiment par mesure disciplinaire ; lors de l’occupation de la Ruhr en 1923, il fraternise avec les mineurs. De retour chez Terrot en 1923, il adhère au syndicat CGTU de la métallurgie dijonnaise. À cette date, Gabriel Lejard est encore libertaire, mais il évolue vers le communisme.

En 1934, il est secrétaire adjoint de son syndicat. En 1935, il adhère au Parti communiste et participe à toutes les manifestations antifascistes de 1934-1935 à Dijon. En 1935, le syndicat l’envoie à l’usine Cheveau de matériel électrique pour y organiser une section syndicale ; il perd ainsi la prime d’ancienneté et la semaine de congés payés dont il bénéficiait chez Terrot. Mais, en juin 1936, l’usine Cheveau est la première à être occupée à Dijon par les ouvriers, et la direction cède à leurs revendications en vingt-quatre heures. G. Léjard dirige l’extension du mouvement à tous les établissements de la métallurgie dijonnaise, prend très souvent la parole dans les meetings et les usines occupées, s’occupe de la création de nouvelles sections syndicales.

En 1937, il devient secrétaire général du syndicat des Métaux de Dijon et membre de la commission administrative de l’Union départementale de la Côte-d’Or.

Il est l’un des principaux organisateurs de la grève du 30 novembre 1938 pour la défense des acquis du Front populaire. Il passe alors trois fois en correctionnelle pour entraves à la liberté du travail, et n’est réembauché qu’en mars 1939 dans une autre entreprise grâce à l’inspecteur du Travail.

Après la déclaration de guerre, exclu de la Commission administrative de l’Union départementale, Lejard reste secrétaire général du syndicat des métaux et continue à militer malgré les pressions constantes de la préfecture. Finalement, le syndicat est dissout et, quand il se reconstitue en décembre 1939, sa nouvelle direction refuse le retour de Gabriel Léjard.

La guerre, la résistance, la déportation

Son affectation spéciale ayant été refusée, celui-ci est mobilisé en 1940, démobilisé en août 1940. De retour à Dijon, il adhère immédiatement aux groupes clandestins formés par les cheminots et les métallurgistes pour confectionner de faux papiers, récupérer des armes.

Le 22 juin 1941, il est arrêté par les Allemands*. Il est rapidement transféré au camp de Royallieu à Compiègne (Oise - 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 - Polizeihaftlager). Il y est détenu plus d’un an.

Entre fin avril et fin juin 1942, il est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30. Les 14 métallos CGT de la Côte-d’Or ont pu se sont regrouper dans le même wagon. Le voyage dure deux jours. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 22 octobre 1942, dans un courrier à caractère urgent, le Préfet délégué de la Côte- d’Or demande au Commissaire central de Dijon que celui-ci lui fasse faire connaître si l’intéressé a été libéré et, dans la négative, de lui préciser quelles sont les personnes à charge, leur situation matérielle et son avis sur l’opportunité de leur attribuer une aide financière.

Le 8 juillet 1942, Gabriel Lejard est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45772 (ce matricule sera tatoué sur son avant-bras gauche quelques mois plus tard). Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit. Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20. Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés aux travail dans différents Kommandos. Gabriel Lejard est affecté un moment à la sablière, aux côtés de Roger Kinsbourg, ancien maire-adjoint de Metz replié à Chenove (21) qui lui dit : «Gaby, je suis perdu. Si tu rentres, indique bien à ma famille comment je suis mort». R. Kinsbourg meurt le 27 juillet.

Le 13 juillet - après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau - Gabriel Lejard est dans la moitié des membres du convoi qui est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir. Là, il est assigné au Block 17 et de nouveau affecté à une sablière (Krisgrube) et dans un Kommando de terrassement. En octobre, il est aux côtés de Paul Chartron - son dernier camarade proche - quand celui-ci est sélectionné pour la chambre à gaz à cause d’une cheville enflée**. Il côtoie également Pierre Longhi, ancien maire-adjoint de Montreuil. En novembre, il reste seul de la cinquantaine de Français entrés avec lui au Block 17.

Affecté à des Kommandos qui ne lui permettent pas d’augmenter sa ration alimentaire par le troc, il bénéficie de la solidarité organisée par Yannick Mahé, qui dispose des pains à la portée de sa colonne de détenus.
En juillet 1943, la plupart des détenus “politiques” français d’Auschwitz (essentiellement des “45000”) reçoivent l’autorisation d’écrire - en allemand et sous la censure - à leur famille et d’annoncer qu’ils peuvent recevoir des colis (à vérifier le concernant…).

À la mi-août 1943, Gabriel Lejard est parmi les “politiques” français rassemblés (entre 120 et 140) au premier étage du Block 11, la prison du camp, pour une “quarantaine”. Exemptés de travail et d’appel extérieur, les “45000” sont témoins indirects des exécutions massives de résistants, d’otages polonais et tchèques et de détenus du camp au fond de la cour fermée séparant les Blocks 10 et 11. Le 12 décembre 1943, à la suite de la visite du nouveau commandant du camp, Arthur Liebehenschel, et après quatre mois de ce régime qui leur a permis de retrouver quelques forces, ils sont pour la plupart renvoyés dans leurs Blocks et Kommandos d’origine.

Le 3 août 1944, Gabriel Lejard est parmi les trois-quarts des “45000” présents à Auschwitz qui sont de nouveau placés en “quarantaine”, au Block 10, en préalable à un transfert.

Le 29 août 1944, il est parmi les vingt-neuf “45000” intégrés dans un convoi disciplinaire de 807 détenus (incluant de nombreux “Prominenten” polonais) transférés au KL Sachsenhausen, dans la ville d’Oranienbourg, au Nord-Ouest de Berlin. À leur arrivée, et jusqu’au 25 septembre, les vingt-neuf sont affectés au Block 66.

Début octobre 1944, Gabriel Lejard est parmi les huit “45000” transférés avec d’autres détenus à Kochendorf (Kommando de Natzweiler-Struthof), dans le massif du Neckar, une ancienne mine de sel aménagée en usine souterraine pour la construction des V2. Fin mars 1945, les mêmes hommes sont dans une colonne de 1500 détenus évacués à marche forcée jusqu’à Augsbourg, puis en train de wagons découverts jusqu’au KL Dachau, où 200 survivants arrivent le 8 avril. Le camp est libéré par l’armée américaine le 29 avril 1945.

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Dachau en avril 1945

Le 16 mai, il est rapatrié avec Louis Eudier, du Havre (connu avant-guerre dans des congrès de métallos CGT), dans des camions de l’armée Leclerc qui rentrent en France via Strasbourg.

Sa fille Jeannine, née le 31 août 1927, qui a commencé à l’accompagner dans la lutte clandestinité, devient responsable départementale des Forces unifiées de la jeunesse patriotique en 1942 ; elle a quinze ans. Recherchée après différentes missions, elle est envoyée dans la région bordelaise où elle assure les liaisons avec le Comité militaire national des FTPF. Arrêtée le 2 juin 1944 dans un hôtel de la rue de Châlon à Paris, lors d’une mission dans la capitale, elle ne livre pas un mot malgré la torture. Elle est déportée au KL Ravensbrück où elle meurt le 15 avril 1945, à quelques jours de la libération du camp. Elle est nommée chevalier de la Légion d’honneur à titre posthume et son nom est donné à une caserne de Dijon.

À son retour, Gabriel Lejard est réintégré à la C.A. de l’U.D. et reprend immédiatement la direction du syndicat des Métaux. Nommé membre du secrétariat fédéral du PCF, il abandonne cette charge en janvier 1946 lorsqu’il devint secrétaire général de l’UD-CGT, fonction qu’il exerce encore en 1970.

Le samedi 5 juin 1948, dans le journal communiste L’Avenir de la Côte-d’Or, il signe un article «En souvenir de mes camarades de misère, et pour rafraîchir la mémoire à ceux qui ont déjà oublié». Il y présente les clichés anthropométriques retrouvés de 5 de ses 14 camarades du département, prises le 8 juillet 1942 : Jean Bouscand, Adrien Burghard, Louis Chaussard, Julien Faradon et Ernest Repiquet. «Photos qui resteront le dernier souvenir de nos camarades pour leurs familles et nous, et devant lesquelles nous nous recueilleront et prendrons l’engagement de continuer la lutte pour laquelle ils sont tombés, contre les survivances du fascisme et les menaces qui pèsent sur l’indépendance de la France».

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Il témoigne à Valenciennes, au procès de deux kapos, un Français et un Polonais, «qui maltraitaient les déportés dans les mines de sel de Kochendorf», et qui sont condamnés à mort et fusillés. (date ?)Lejard_Gabrie_blog_1

Il obtient la carte de déporté Résistant n° 1-016-02288.

Gabriel Lejard décède le 2 novembre 1988.

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* L’ “Aktion Theoderich” :

L’attaque de l’Union soviétique, le 22 juin 1941, se fait au nom de la jutte contre le “judéo-bolchevisme”. Dès mai 1941, une directive du Haut-commandement de la Wehrmacht pour la “conduite des troupes” sur le front de l’Est défini le bolchevisme comme «l’ennemi mortel de la nation national-socialiste allemande. C’est contre cette idéologie destructrice et contre ses adeptes que l’Allemagne engage la guerre. Ce combat exige des mesures énergiques et imptoyables contre les agitateurs bolcheviks, les francs-tireurs, les saboteurs et les Juifs, et l’élimination allemande de toute résistance active ou passive».

Hitler est résolu à écraser par la terreur - à l’Ouest comme à l’Est - toute opposition qui viendrait entraver son effort de guerre.

Le jour même de l’attaque contre l’Union soviétique, des mesures préventives sont prises dans les pays occupés contre les militants communistes - perquisitions à leur domicile et arrestations - et des ordres sont donnés pour punir avec la plus extrême sévérité toute manifestation d’hostilité à la puissance occupante.

En France, dans la zone occupée, au cours d’une opération désignée sous le nom de code d’Aktion Theoderich, plus de mille communistes sont arrêtés par les forces allemandes et la police française. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy, ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne, créé à cette occasion pour la détention des « ennemis actifs du Reich » sous l’administration de la Wehrmacht.

Au total, 1300 hommes y seront internés à la suite de cette action. 131 d’entre eux, arrêtés entre le 21 et le 30 juin, font partie de ceux qui seront déportés dans le convoi du 6 juillet 1942.

** Les chambres à gaz du centre de mise à mort situé à Birkenau fonctionnent principalement pour l’extermination des Juifs dans le cadre de la “Solution finale”, mais, jusqu’en mai 1943, elles servent également à éliminer des détenus, juifs ou non, considérés comme “inaptes au travail” (opération commencée en avril 1941, dans d’autres camps, sous le nom de code 14 f 13). Les détenus d’Auschwitz-I sélectionnés pour la chambre à gaz sont amenés en camions à Birkenau. Quelquefois, ils attendent la mort au Block 7 de ce camp.


Sources :
- Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 11, 73, 119 et 120, 129, 133, 150, 153, 155, 173, 214 et 215, 242, 248, 262, 306 et 307, 318, 345, 348 et 349, 358, 363 et 411.
- P. Lévêque, notice in Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, sous la direction de Jean Maitron, Editions de l’Atelier/ Editions Ouvrières, version CD-rom 3.61, 1990-1997, citant : L’Avenir de la Côte d’Or, 21 juillet 1945 - Interview de Gabriel Lejard.
- Albert Ouzoulias, Les bataillons de la jeunesse, éditions Sociales, réédition 1997, pages 223 et 224.
- Archives départementales de Côte-d’Or, cote 1630 W, article 252 : «arrestations par les autorités d’occupation en raison de leur passé et activité politique», et cotes 6J61 à 63 : fiches individuelles des déportés de Côte-d’Or, don de Pierre Gounant, historien.
- Louis Eudier (45523), Notre combat de classe et de patriotes, 1934-1945, imprimerie Duboc, Le Havre, sans date (1977 ?), page 124.

Mémoire Vive
(dernière mise à jour, le 26-03-2008)

Fiche rédigée en hommage à Roger Arnould (1914-1994), Résistant, rescapé de Buchenwald, documentaliste de la FNDIRP qui a initié les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.

 

source

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iconographie

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plan du camp de concentration de Kochendorf en Allemagne


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lei camp de concentration de Kochendorf (source)


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la marche forcée du camp de concentration de Kochendorf à celui de Dachau (source)


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itinéraire de trois marches forcées dont celle de Kohendorf

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vendredi 7 novembre 2008

repas Marseille 23 octobre

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assemblée des Bouches-du-Rhône

repas fraternel au siège de la Fédération



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