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La mort de Guy Ducoloné


arton881711L'ancien résistant, député communiste et vice président de l’Assemblée nationale, avait présidé également l’association d’anciens déportés «Buchenwald Dora»

Guy Ducoloné résistant, déporté à Buchenwald, ancien vice-président de l’Assemblée nationale et membre du PCF depuis 1937, était chevalier de la Légion d’honneur.

Dans un communiqué, Marie-George Buffet écrit au nom du PCF que "Guy est parti avec ce courage et cette volonté que nous lui connaissions bien. Avec cet engagement qui fut le fil conducteur de sa vie. Un engagement qui depuis son adhésion aux Jeunes communistes et à notre parti avant la guerre ne s’est pas démenti. Un engagement qu’il partageait et ressourçait dans celui de Madeleine (Vincent, NDLR), son amour parti trop tôt".

Attaché au devoir de mémoire, il combattit sans cesse les relectures partielles de la vie dans les camps de concentration, défendant ainsi la mémoire de Marcel Paul lorsqu’il fut calomnié. "Un engagement qui avec son association «Buchenwald Dora» lui fit parcourir les écoles pour dire aux jeunes l’horreur du nazisme et l’honneur de la résistance. Un engagement qu’il ne concevait pas sans l’existence de son «Huma» qu’il a tenu à avoir jusqu’au dernier jour", écrit encore la secrétaire nationale du PCF.

Un engagement qui le fit entrer en résistance contre l’occupant nazi, après avoir adhéré au PCF en 1937. "Un engagement au service de la paix qui lui valut de retourner dans les geôles françaises après le procès des pigeons dans les années 1950. Un engagement qu’il déploya sans cesse dans sa chère ville d’Issy-les-Moulineaux dont il fut un élu local toujours disponible. Un engagement qui en fit un dirigeant national de notre parti et un député communiste, vice président de l’Assemblée nationale, respecté et admiré de tous. Un homme engagé et amoureux de la vie, Guy savait nous faire rire et nous redonner confiance", termine le communiqué.

"Un hommage au niveau des services qu’il a rendus à la France et aux hommes et aux femmes de progrès lui sera rendu dans quelques jours", assure le PCF.

L'Humanité, 26 août 2008

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fête de l'Humanité, 15 septembre 2007


Le courage tranquille de Guy Ducoloné


Diapositive1Il est mort hier à l’âge de quatre-vingt-huit ans. Résistant, dirigeant communiste, il fut un élu toujours attentif au sort des ouvriers et des salariés.

Guy Ducoloné, qui disparaît aujourd’hui à l’âge de quatre-vingt-huit ans, fut un homme à qui le XXe siècle, ses gloires et ses drames ont fourni un destin exceptionnel. Et surtout qui a su le saisir par conviction et courage. Une mère casseuse de noix saisonnière, un père ouvrier charpentier, Guy Ducoloné est né en 1920 dans un petit village du Lot-et-Garonne, Monsempron-Libos, où il a vécu l’enfance d’un fils d’ouvrier de l’époque. Quelques années plus tard, la famille «monte» à Paris et s’installe dans le 14e arrondissement. L’école jusqu’à douze ans, deux ans de cours complémentaire, l’apprentissage et un certificat d’aptitude professionnelle d’ajusteur en instrument de précision, Guy Ducoloné entre dans la vie active à quinze ans.

«J'ai eu la chance que ce soit dans ce bouillonnement profond dans le pays que fut le Front populaire, avec les avancées sociales qui permirent à mon père d’avoir pour la première fois quinze jours de congés payés, et à son fils, son apprentissage terminé, d’être embauché avec un contrat à durée indéterminée», indique-t-il. Il se souvient aussi qu’à treize ans il participe au cross de l’Humanité. Le lendemain, il ouvre le journal pour y lire les résultats, et ne cessera jamais de le lire depuis cette date. C’est donc tout naturellement qu’il adhère à la CGT à quinze ans, à la Jeunesse communiste puis au Parti communiste l’année suivante. Soixante-douze années de fidélité à un combat qui marquera, jusqu’à la fin, toute sa vie.

La fin des années trente, c’est l’enthousiasme du Front populaire durant lequel le jeune métallurgiste s’investit dans l’activité syndicale, c’est la solidarité avec l’Espagne républicaine, la lutte contre les «lâches accords de Munich»… Mobilisé en 1939, Guy Ducoloné s’échappe de sa caserne encerclée par les Allemands, regagne Paris et «entre en résistance». Responsable de la Jeunesse communiste, il participe à l’organisation de la manifestation parisienne des jeunes le 13 août 1941, puis à celle de la rue de Belleville. Au sein du Front national pour l’indépendance de la France, le jeune résistant participe à plusieurs opérations contre des installations allemandes.

C’est le 1er mai 1942 qu’il est arrêté. Sous la torture, il se tait, connaît les prisons de La Santé, Fresnes, Melun, Châlons-sur-Marne. Par deux fois, il tente de s’évader avec d’autres prisonniers. En 1944, de Compiègne, il est déporté à Buchenwald où il restera un an. Avec Marcel Paul, Guy Ducoloné participe à l’organisation de la résistance intérieure du camp au sein du Comité des intérêts français. Quand les troupes américaines entrent dans le camp en avril 1945, Guy Ducoloné fait partie des déportés qui, les armes à la main, les accueillent et leur remettent les SS qu’ils ont faits prisonniers.

En 1946, c’est le mariage avec Madeleine Vincent, ancienne déportée comme lui, militante et dirigeante nationale du Parti communiste. Une vie militante passionnée qu’ils partageront jusqu’au décès de Madeleine le 22 novembre 2005.

À la Libération, Guy Ducoloné a repris son activité militante. Secrétaire général de l’UJRF, l’organisation des jeunes communistes de 1950 à 1955, le jeune dirigeant est emprisonné en 1953 pour ce qu’on a appelé «le complot des pigeons», avec notamment Paul Laurent, Louis Baillot et André Stil. Il restera onze mois à Fresnes et l’affaire se terminera par un non-lieu pour tous les inculpés.

En 1950, il entre au Comité central du Parti communiste. Il en sera un des secrétaires auprès de Maurice Thorez. Sa vie politique sera surtout marquée par un engagement d’élu. Comme conseiller municipal de sa ville d’Issy-les-Moulineaux durant quinze ans, conseiller général pendant trente-cinq ans, député vingt-quatre années durant dans sa circonscription de la Seine puis des Hauts-de-Seine, celle d’Issy-les-Moulineaux, Vanves, Malakoff de 1964 à 1988. Il fut élu deux fois vice-président de l’Assemblée nationale. C’est «sur le terrain», dans la proximité, que le député conçoit son rôle d’élu. Il est surtout reconnu pour son inlassable défense des salariés dans les entreprises de la région parisienne, aux usines Renault Billancourt notamment, et sa participation aux combats pour sauvegarder l’emploi industriel.

Durant toutes ces années d’investissement politique absorbant et jusqu’à aujourd’hui, Guy Ducoloné ne lâchera jamais son engagement auprès de ses compagnons du monde de la déportation. Au sein de la Fédération nationale des déportés et internés, résistants et patriotes (FNDIRP), au sein de l’association française Buchenwald-Dora et Kommandos dont il assure la présidence, Guy Ducoloné consacre du temps à la reconnaissance et la défense des droits de ses camarades et à la pérennisation de la mémoire de la Résistance et de la déportation.

Jusqu’au bout, il témoignera notamment auprès des collégiens et des lycéens de ce que furent la Résistance et la déportation. «Nous pouvons être utiles par nos témoignages pour empêcher l’oubli de prendre le dessus, explique-t-il. Nous le pensons d’autant plus que notre tâche est encore inachevée. Les nostalgiques de la croix gammée existent toujours, quelle que soit l’image qu'ils portent. Ils voudraient bien sûr faire oublier ou pour le moins, dans le présent, banaliser la Résistance et la déportation. Ils voudraient contester l’élimination quasi totale des juifs arrêtés en tant que tels. Ils voudraient contester l’utilisation dans les usines de guerre nazies des femmes et des hommes de toute l’Europe arrêtés parce qu’hostiles à Hitler et à son régime. (…) Nous pouvons mettre en échec ces idées et menées séditieuses.»

Guy Ducoloné n’est pas seulement resté fidèle à ses idées : il est resté jusqu’au bout un combattant. Lors de la remise de ses insignes de commandeur de l’ordre national du Mérite en février 2006, Guy Ducoloné assurait : «Au camp, même dans le plus grand dénuement, nous pensions à ce demain que nous voulions construire meilleur pour tous. Je continue à y penser.»

Olivier Mayer
L'Humanité, 26 août 2008

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la dernière interview de Guy Ducoloné, L'Humanité, 23 avril 2008


« On n’imaginait pas l’horreur de l’extermination »


photobio_guy_ducolone_166090_MEntretien avec Guy Ducoloné, résistant, déporté, ancien président de l’association française Buchenwald-Dora et Kommandos.

Comment êtes-vous arrivé à Royallieu ?

Guy Ducoloné. J’étais à la direction clandestine de la Jeunesse communiste de Paris, chargé du recrutement pour l’OS, l’organisation spéciale. Ces premiers groupes devaient en principe constituer une armée d’opposition à la SS. J’ai été arrêté le 1er mai 1942 et condamné à cinq ans de réclusion pour présomption d’activité communiste. Je suis resté deux ans dans les prisons françaises, passant par la Santé, Fresnes, Melun puis Châlons-sur-Marne. Ensuite, j’ai atterri à Compiègne, fin avril 1944. De là, un convoi m’a mené à Buchenwald, le 12 mai 1944.

Comment se sont déroulées vos années de prison ?

Guy Ducoloné. À la prison centrale de Melun, il y avait de nombreux communistes. On était très mobilisés. Nous avions obtenu que tous les prisonniers politiques soient dans le même atelier. Des fois, on était brimés parce qu’on râlait très souvent. On avait chacun une cellule mais on ne faisait qu’y dormir. La journée, on travaillait.

Saviez-vous ce qu’était le camp de Royallieu ?

Guy Ducoloné. Oui, plus ou moins. En 1944, on connaissait l’existence des camps en Allemagne, mais sans imaginer l’horreur de l’extermination. De la prison de Châlons, nous sommes arrivés en train à Compiègne. Nous étions plusieurs centaines. Je me souviens des baraques affreuses en plein air. Mais la vie du camp était assez tranquille. Les Allemands tenaient à une certaine discipline. Pendant la journée, on pouvait sortir. Les seules obligations consistaient à faire le ménage et à faire à manger. Même si on ne mangeait pas bien, on n’a pas été brutalisés. Parfois, on jouait au volley-ball. On était entre nous. On sentait les restes de l’organisation qu’avait instaurée Georges Cogniot, le doyen du camp. Le fait que les Allemands tolèrent une certaine liberté a permis une organisation clandestine.

Comment peut-on expliquer cette «tolérance allemande» ?

Guy Ducoloné. Au début, c’était un camp d’internement. Le fait qu’il s’agisse d’un lieu de passage justifiait sans doute cette souplesse. Un certain nombre sont restés longtemps, les malades par exemple. La différence fondamentale avec des prisons, c’est qu’à Compiègne, on ne travaillait pas. Il n’y avait que les travaux intérieurs au camp. Beaucoup de Français ont été déportés de Compiègne fin 1943 début 1944. Les premiers départs vont vers Auschwitz. Le 6 juillet 1942, par exemple, c’est un convoi de politiques. 90 % étaient des otages communistes. À partir de 1943, les départs sont de plus en plus fréquents. C’est l’époque où les Allemands décident de faire la guerre totale et d’exploiter les prisonniers au maximum. À partir du 25 juin 1943, tous vont dans le camp de Buchenwald. J’ai quitté le camp de Royallieu le 12 mai 1944. En Allemagne, on savait que c’était plus dur, qu’on allait nous faire travailler mais on ne savait pas qu’on y mourait si facilement. Le voyage a duré deux jours et deux nuits, on n’avait rien à manger, ni à boire. Lorsqu’on est arrivés dans le camp, on a bu pendant des heures.

Entretien réalisé par I. D

- lien : intervention de Guy Ducoloné au nom de la FNDIRP, le 24 avril 2005

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- lien : Guy Ducoloné, un Français résistant témoigne (2007)

- lien : mémoire de résistants : site de l'Ina, 2002



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Guy Ducoloné : 14 mars 1920 - 25 août 2008

- le témoignage de Lysiane Alezard, sur son blog à la date du 26 août 2008

- réaction de Marie-Georges Buffet

- déclaration de l'ANECR

- le témoignage de Patrice Leclerc

- le témoignage de Nicole Borvo Cohen-Seat

- un homme qui méritait le respect : le témoignage de Roger Faynzylberg

- une déclaration d'Alain Bocquet

- le témoignage de Paul Boré

- site consacré à la ville de Vanves

- hommage à Guy Ducoloné, par Fabien Thiémé sur son site

- réaction d'Olivier Dartigolles, sur son blog

- témoignage de Patrick Alexanian, sur son blog

- porteur de travail de mémoire, Guy Ducoloné est décédé, par Laurent Pieuchot


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Guy Ducoloné était né à Monsempron-Libos dans le département du Lot-et-Garonne  

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Guy Ducoloné, est devenu député de la Seine en 1964, puis des Hauts-de-Seine de 1967 à 1988 dans la circonscription qui comprend la ville d'Issy-les-Moulineaux dont il fut un élu local.
Il a été vice-président de l'Assemblée nationale (1976-1977 et 1981-1986), et conseiller régional d'Ile-de-France de 1981 à 1986.

- lien : fiche bibliographie, université de Bourgogne

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Guy Ducoloné en août 1971

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